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- Dos de la couverture
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- Revendiquant six
millions de membres dans le monde, l'Eglise de Scientologie affirme vouloir
édifier "une civilisation sans folie, sans criminels et sans guerres". Au nom de
cet idéal, elle a mis sur pied dans l'Hexagone un véritable service de
renseignements - l'Organisation des Affaires Spéciales (OSA) - qui tisse sa toile depuis des années, notamment
au sein de l'appareil d'État.
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- Fichant systématiquement ses amis et ses ennemis, "l'Eglise" combine
méthodes pseudo-policières et relais d'influence au plus haut niveau pour
pénétrer les secteurs clés de la société française et contrecarrer, au besoin,
l'action des pouvoirs publics.
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- Serge Faubert - que cette enquête a conduit jusqu'au sommet de l'Etat - nous
révèle, documents à l'appui, l'ampleur de l'infiltration scientologue dans la
classe politique, les milieux économiques, la défense nationale et l'éducation.
Il apporte pour la première fois la preuve que, sous le couvert de guérison des
âmes, une authentique entreprise de subversion des institutions est à l'oeuvre
dans notre pays.
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- Serge Faubert est journaliste dans L'Événement du Jeudi.
-
- (voir les extraits de ce livre dans son article de
L'Événement du Jeudi, de février 1993)
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- Commentaires du CCMM
source : Bulletin de liaison d'avril 1993
L'auteur s'est
attaché à démontrer, documents à l'appui, que la Scientologie est "sous le
couvert de guérison des âmes, une authentique entreprise de subversion des
institutions à l'oeuvre dans notre pays".
Le journal du Monde (10 mars 1993) indique que le livre "décrit les méthodes
et les réseaux qui permettraient à la Scientologie de "s'infiltrer" dans la
classe politique, certains milieux d'affaire, la défense, l'éducation, les
Églises catholique et protestante, etc ...".
S'estimant diffamée, l'Eglise de Scientologie a réclamé la saisie de
l'ouvrage devant la 1ère chambre civile de Paris, le 8 mars. Demande rejetée le
10 par l'instance judiciaire.
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- La
scientologie a réussi à infiltrer l'Intérieur, la Défense, la Culture, l'Education
et même l'Élysée
- Par Serge Faubert
Événement
du Jeudi 25 février 1993
[Texte
intégral]
Au terme de quatre
ans d'enquête, le journaliste Serge Faubert a réussi à se procurer les rapports
secrets de l'Église de Scientologie, la plus puissante des sectes existantes.
Son livre Une secte au coeur de la République démonte
les ressorts de cette organisation et révèle comment les scientologues ont
réussi à se hisser jusqu'aux premiers cercles du pouvoir. Extraits.
Suite de cet article dans L'Événement du Jeudi du 26 septembre : Quand la Scientologie embauchait les ex-flics
de l'Élysée
- Le manège avait fini par intriguer le buraliste du boulevard de Strasbourg à
Toulon. Certes, il était déjà arrivé qu'on lui demandât des renseignements sur
le Dr Jean-Marie Abgrall (voir son livre La Mécanique des sectes
note du Gravis), qui exerçait à deux pas de
là. Mais jamais aussi fréquemment qu'en cette fin du mois de septembre 1990. En
l'espace d'une semaine, cinq ou six personnes, se présentant comme des clients
potentiels, avaient questionné avec insistance le cafetier sur l'expert
psychiatre auprès de la cour d'appel d'Aix-en-Provence : "C'est un bon
praticien ? Personne ne s'est jamais plaint de lui ? Combien de clients
reçoit-il chaque jour ?".
-
- En apprenant la chose, le Dr Abgrall tiqua. Aucun de ces supposés patients
ne s'était présenté à son cabinet.
-
- Jean-Marie Abgrall n'était pas homme à s'alarmer. Ce bon vivant à la carrure
de pilier de rugby avait trop l'habitude de décortiquer les angoisses des autres
pour céder à son tour à la paranoïa. Mais cette enquête sur ses activités venait
s'ajouter à une chaîne d'incidents qui commençait à devenir inquiétante.
-
- On avait d'abord volé une partie de son courrier pendant les vacances. Vol
qu'Abgrall venait juste de découvrir. Plusieurs sociétés lui réclamaient en
effet des expertises qu'elles affirmaient avoir demandées par courrier pendant
l'été. Or, ces lettres, l'auxiliaire de justice ne les avait jamais reçues. Une
négligence des PTT ? Non, des courriers postés à la même date que les demandes
d'expertise des sociétés étaient, eux, parvenus à leur destinataire. Résultat de
ce détournement, 250.000 F de contrats perdus ...
-
- Puis il y eut les appels téléphoniques anonymes. A toute heure du jour ou de
la nuit. Au bout du fil, le correspondant restait muet. Ou, à l'inverse,
commentait avec un luxe de détails la vie quotidienne de la famille Abgrall:
"1l faudrait tailler les haies de ta maison ", "Ton chien, c'est bien
un briard ?", "Le gamin est encore rentré en retard de l'école"...
-
- A plusieurs reprises, encore, la voiture du psychiatre avait été prise en
filature. Ostensiblement... A la même époque, le Dr Abgrall constata également
la disparition d'un de ses blocs d'ordonnances.
-
- Bref, on cherchait à l'intimider. Qui ? Et pourquoi? "J'ai tout de suite
pensé aux scientologues, raconte le praticien toulonnais. De tous les dossiers
sur lesquels j'étais en train de travailler, c'était le seul qui puisse
justifier pareil acharnement contre ma famille et moi." Quelques mois plus
tôt, en mai 1990, le juge marseillais Carole Sayouz, qui venait d'interpeller
une vingtaine de scientologues de la région à la suite de plaintes répétées,
avait confié à l'expert psychiatre une mission délicate: étudier les dossiers
saisis dans les locaux de l'Église, établir un rapport général sur les thérapies
de la Scientologie et procéder à l'examen psychiatrique d'une quinzaine
d'inculpés et de victimes. Une expertise qui jouerait un rôle déterminant dans
le procès. En se prononçant sur la validité scientifique de l'audition et autres procédés de purification, elle permettrait à la justice
d'établir si la Scientologie en tant que telle était ou non une escroquerie.
-
- Oubliant toute prudence les scientologues avaient jeté le
masque
Les attaques reprirent au début de l'année suivante.
Plusieurs confrères d'Abgrall lui signalèrent avoir reçu des appels d'un
mystérieux Comité des citoyens pour les droits de l'homme, en fait l'un des
nombreux paravents de l'Église. Au bout du fil, un certain Patrick Ranchoux
avait affirmé à ses interlocuteurs que le Dr Abgrall rédigeait des expertises
truquées en échange de pots-de-vin. Accusation totalement fantaisiste.
"Cette fois, j'avais un nom, explique Abgrall. Quelques
vérifications rapides m'ont permis de constater que ce Patrick Ranchoux existait
bien et était scientologue. J'ai aussitôt porté plainte pour diffamation avec
constitution de partie civile."
Oubliant toute prudence, les scientologues avaient jeté le masque. La raison
de cette précipitation? La remise par le psychiatre en novembre 1990 d'un
premier rapport de cent cinquante pages sur "Les techniques de la
Scientologie, la doctrine dianétique, leurs conséquences médico-légales".
Un rapport dont la conclusion est sans appel
:
- "La Scientologie est une secte
pratiquant des techniques médicales et paramédicales essentiellement
psychiatriques. Son idéologie est basée sur l'endoctrinement, la manipulation
mentale et la soumission. L'argument religieux n'apparaît que comme une
couverture destinée à masquer des intérêts économiques. Elle s'applique à une
population psychologiquement fragile ou immature. Elle peut avoir des
conséquences graves, voire dramatiques, en amenant le sujet à la folie ou à la
mort. Elle n'est jamais bénigne dans ses conséquences. Elle peut avoir recours à
des manoeuvres d'intimidation par rapport aux personnes extérieures qui par leur
activité freinent son expansion (...)."
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- La manipulation est en marche. Un rapport présentant le juge Fenech comme un
magistrat liberticide est transmis à François Mitterand.
- L'Eglise de Scientologie s'efforce d'endiguer l'offensive de la
justice
"Pascal les flics viennent de débarquer. Ils fouillent
partout. Ils vont sûrement venir chez vous."
Au bout du fil, la voix chuchote. Pascal Parizot reconnaît néanmoins son
correspondant. C'est l'un des responsables du Celebrity Center, le luxueux institut culturel
que l'Église de Scientologie a ouvert au 69 de la rue Legendre, à Paris. Déjà,
l'interlocuteur a raccroché. Sans perdre de temps, Parizot rassemble ses
affaires. Quelques dossiers et une poignée de disquettes informatiques qu'il
fourre dans son cartable.
Le temps de dévaler les trois étages qui séparent son bureau de la porte
d'entrée et le fugitif se retrouve sur le trottoir. Nez à nez avec une dizaine
de policiers en civil qui, sans le regarder, s'engouffrent aussitôt dans le hall
du 65, rue de Dunkerque, le siège national de l'Église de Scientologie. Le
responsable du CC (Celebrity Center, que les scientologues prononcent à
l'anglaise : "cici") ne s'était pas trompé: le coup de filet visait les
locaux de la capitale.
Les inspecteurs ne s'en doutent pas, mais ils viennent, ce 4 juillet 1990,
de laisser échapper une proie de choix. Et un redoutable adversaire. Car Pascal
Parizot n'est pas un scientologue ordinaire. Il appartient à l'Office of Special
Affairs (OSA, le bureau des affaires spéciales), le
service de sécurité de l'Église. Un service qui, depuis deux mois, s'efforce
d'endiguer l'offensive de la justice contre la Scientologie.
Tout commence en décembre 1989 à Marseille. La famille d'un médecin phocéen
porte plainte: leur fils, récemment entré dans la secte, dilapide son patrimoine
au profit de ses nouveaux amis. Déjà, il a laissé pour près de 100.000F dans les
caisses de l'Église. Écoutes téléphoniques, filatures, vérification du train de
vie des responsables, les fonctionnaires de la brigade territoriale sud de la
sûreté urbaine de Marseille, dirigée par le commissaire Pierre Petitjean,
sortent le grand jeu. D'autant que les plaintes se multiplient. Cinq au total,
émanant de proches des disciples, mais aussi d'anciens scientologues.
Le mercredi 16 mai 1990, à 9 heures, c'est le coup de filet. Munis d'une
commission rogatoire délivrée par le juge Carole Sayouz, les policiers
investissent le siège régional de l'Église installé à Nice et ses trois antennes
marseillaises. Le fichier des adhérents, un millier de noms, et des documents
comptables sont saisis. Vingt-six personnes sont interpellées. A l'issue de la
garde à vue, quatre d'entre elles sont inculpées d'escroquerie, d'exercice
illégal de la médecine et de violences avec préméditation: Sylvie Musset (27
ans) et Marie-Ange Molina (33 ans), Isabelle Acher (26 ans), les trois
responsables marseillaises, et Xavier Delamare (33 ans), le dirigeant régional.
Sur le compte bancaire de ce dernier, les enquêteurs découvrent une somme de
plus de 7 millions correspondant au chiffre d'affaires de l'église pour 1989.
Aussitôt les arrestations connues, la riposte scientologue s'organise. Une
avalanche de télégrammes de protestation, souvent identiques, submerge la
préfecture et le palais de justice de Marseille, tandis qu'un communiqué vengeur
accuse magistrats et policiers d'être "le bras armé de certains groupes
crypto-psychiatriques proches de l'extrême droite américaine".
Dans le même
temps, cinq responsables parisiens s'envolent pour la cité phocéenne et
s'installent à l'hôtel Alizé: François Bonnet, Brigitte Demaria, Patricia
Forestier, Pascal Parizot et Danièle Gounord, la présidente de l'Église. Les
trois premiers, membre d'OSA, sont chargés de
mobiliser les troupes et d'organiser des actions de protestation. Parizot, lui,
a pour mission de réunir le maximum d'informations sur le juge Carole Sayouz.
Objectif: le dépôt d'une requête en suspicion légitime contre le magistrat afin
qu'il soit déchargé du dossier. Quant à Danièle Gounord, elle s'est réservé le
"maniement" - pour reprendre la terminologie scientologue - de la presse.
Entendez la contre-offensive médiatique ...)
- Un jeune dessinateur industriel se jette par la fenêtre de son appartement.
- Ce n'est pas un suicide ordinaire.
Le 18 mai, première conférence
de presse: "Nous ne cessons de dénoncer l'abus des tranquillisants et nous
nous battons contre la toxicomanie. Il n'est pas impossible que nous dérangions
un certain nombre de lobbies." Quant à l'accusation d'exercice illégal de la
médecine: "C'est le même procès que l'on peut faire aux ostéopathes et autres
exercices paramédicaux. Mais, que je sache, certains milieux médicaux qui
pratiquent le paiement au noir sont mieux protégés. J'ai eu à l'évêché un
correspondant qui m'a expliqué que des familles bien connues à Marseille sont
parmi les adeptes et que ça dérange."
Le ton est donné. Ce procès sera celui de l'intolérance et des méthodes
"inquisitoriales" de la police et de la justice. Une stratégie de rupture dont
s'est fait une spécialité le très médiatique Gilbert Collard, l'avocat qui, avec
son confrère Alain Lhote, assure la défense des inculpés.
Les manifestations de rue mettront un peu plus de temps à démarrer. Le 5
juin, Patricia et Paul Molina, la soeur et le cousin de Marie-Ange Molina, une
des quatre responsables incarcérés, s'enchaînent aux grilles du palais de
justice de Marseille et annoncent qu'ils entament une grève de la faim. Le 20,
une dizaine de scientologues entreprennent de jouer les bourgeois de Calais
devant le palais de justice. En robe blanche et les mains liées, ils demandent à
être incarcérés. Un des manifestants parviendra même à s'introduire dans le
bâtiment et fera le siège du bureau du juge Sayouz avant d'être expulsé par les
gardes. Quatre jours plus tard, c'est devant la prison des Baumettes, où sont
incarcérés les inculpés, que se manifestent les fidèles de l'Église. Lâcher de
ballons, déploiement de banderoles, l'action ne passe pas inaperçue. Le
lendemain, retour au palais de justice. Arborant sur la poitrine un triangle
jaune, symbole de leur appartenance religieuse et de discrimination, une
quinzaine de scientologues demandent à être reçus par le juge. Requête refusée.
A Lyon, le juge Georges Fenech sursaute lorsqu'il apprend les arrestations
de Nice et de Marseille. Lui aussi a dans ses tiroirs une plainte contre la
Scientologie. L'affaire remonte au 24 mars 1988. Ce jour-là, sur le coup de 5
heures du matin, un jeune dessinateur industriel, Patrice Vic, se jette par la
fenêtre de son appartement situé au douzième étage. Un suicide ordinaire ? Ce
n'est pas l'avis de sa femme, Nelly Vic, puisqu'elle porte aussitôt plainte
contre X pour homicide involontaire, escroquerie et exercice illégal de la
médecine. Dépressif depuis plusieurs mois, Patrice venait en effet de rejoindre
le centre de dianétique de Lyon, une des filiales de l'Église de Scientologie.
Là, on lui aurait fait absorber gélule sur gélule. Comme celles que retrouveront
les policiers sur la table de Patrice, en l'occurrence de l'oxadilène, un
vasodilatateur classé au tableau A et délivré uniquement sur ordonnance.
Le juge Georges Fenech décide de relancer l'enquête. Le 26 juin 1990, les
policier du SRPJ de la capitale des Gaules investissent le centre de dianétique
de Lyon, rue du Président Edouard Herriot. Le trésorier ainsi que la secrétaire
du centre, Alain Barou et Corinne Medallin, tous deux âgés de 25 ans, sont
interpellés. Des documents administratifs et comptables sont saisis, aine que
plusieurs "électromètres", ces galvanomètres
perfectionnés que les scientologues utilisent au cours de leur formation.
Présentés au juge, Barou et Medallin sont inculpés d'exercice illégal de la
médecine et d'escroquerie, et incarcérés. La moisson se révèle moins bonne que
prévu. Très vite, Georges Fenech réalise qu'il a affaire non à une poignée
d'illuminés mais à une organisation centralisée et hiérarchisée. Avec une
doctrine. S'il veut établir l'escroquerie, c'est le procès de toute la secte
qu'il doit faire. Non celui de quelques comparses aisément remplaçables. Pour
cela, une seule solution: frapper à la tête. A Paris.
Le mercredi 4 juillet
1990, deux équipes d'inspecteurs du SRPJ de Lyon, assistés de leurs collègues de
la direction centrale de la police judiciaire, se présentent presque
simultanément au Celebrity Center, rue
Legendre, et au siège national de l'Église, rue de Dunkerque. Les perquisitions
se prolongeront jusque dans la soirée. A l'issue de celles-ci, les policiers
interpellent le président en titre du Celebrity Center, Yves Veau, le
responsable des finances de l'Église, Jean-Paul Chapellet, et Danièle Gounord.
Placés en garde à vue rue des Saussaies, ils sont transférés à Lyon et aussitôt
inculpés par Georges Fenech de complicité d'exercice illégal de la médecine et
de complicité d'escroquerie. Veau est remis en liberté sous contrôle judiciaire.
Gounord et Chapellet prennent le chemin des prisons de Montluc et de Saint-Paul.
La secte décapitée, le magistrat fonce. Le 6 juillet, c'est au tour du
président de l'antenne lyonnaise de l'Église de Scientologie, Jean-Jacques
Mazier, 47 ans, d'être écroué sous le même chef d'inculpation. La veille,
accompagné d'une quinzaine de scientologues et de son avocat, il s'était rendu
au palais de justice afin de rencontrer le juge. Mauvais calcul: les policiers
l'appréhendent aussitôt. Pour lui, l'addition va être lourde. Aux chefs
d'inculpation précédents, le juge Georges Fenech ajoute celui d'homicide
involontaire (...).
- L'informateur des scientologues était un collaborateur de Jack
Lang
Le 20 Juillet, 500 fidèles se réunissent à huis clos dans la
salle bleue du Palais des congrès (louée 28.000 F). Objectif le lancement de "la
croisade pour la liberté de religion". FLAG, le quartier général de la secte,
installé à Clearwater, en Floride, a dépêché un de ses meilleurs spécialistes:
Andrick Shappers, un scientologue néerlandais qui est spécialement revenu du
Mexique pour l'opération. Malgré ses efforts, ils ne seront que 300, deux jours
plus tard, à défiler place Bellecour, à Lyon. Moins qu'à Paris. Et ce, en dépit
du renfort des Églises anglaise, suisse, autrichienne, belge et allemande.
Apparemment, certains adeptes ont jugé plus prudent de ne pas afficher
publiquement leurs convictions ... Mais, nullement impressionné par ces
démonstrations, le juge Georges Fenech demeure inflexible. Désormais, rien ne
semble plus pouvoir stopper l'offensive de la justice. Rien ... sauf le Bureau
des affaires spéciales, OSA !
- Comment
fonctionne OSA l'office des affaires
spéciales de la l'Eglise
de scientologie en France et ailleurs
-
- OSA occupe une place à part dans l'Église. Ce département possède ses propres
structures et ne rend de comptes qu'à la direction internationale de l'Eglise.
Dans chaque pays où est implantée la secte, il dispose d'une antenne
: le Desk of
Special Affairs (DSA). Tous sont reliés par fax et modem au quartier général,
OSA International, installé au 4751 Foutain Avenue, à Los Angeles. C'est par ce
canal qu'ils rendent compte de leur activité et reçoivent leurs ordres.
- Composé d'une vingtaine d'agents, pour la plupart
permanents de l'église, le DSA France est divisé en cinq sections
: Relations
extérieures (contacts avec des non scientologues, Investigations, PR (en
français Relations publiques, autrement dit les actions de propagande de la
secte), Travail juridique et CCHR (Commission des
citoyens pour les droits de l'homme). Deux antennes régionales, à Marseille et à
Lyon, complètent la structure.
-
- La section Investigations est, incontestablement,
la plus secrète, la plus puissante. Elle s'occupe en effet du travail
clandestin : infiltration, renseignement et manipulation. Pour l'accomplissement
de sa mission, elle peut mobiliser tout scientologue, qu'il soit ou non membre
d'OSA. Son chef n'est autre que Pascal Parizot, celui qui a réussi à passer à
travers les mailles du filet lors de la descente de police rue de Dunkerque.
-
- Pour l'assister, OSA International a dépêché à Paris l'un de ses agents les plus
brillants, une Allemande installée aux Etats-Unis : Edith. Une vraie femme
de l'ombre puisque même les scientologues français ne la connaîtront que sous ce
seul prénom. C'est elle qui, chaque soir, rédige les rapports qui sont envoyés à
Los Angeles. Des rapports très confidentiels puisqu'ils sont adressés à la plus
haute autorité d'OSA, le chief officer. Une précaution justifiée.
-
- La
plupart de ces documents détaillent point par point les opérations engagées par
le DSA. Et quelles opérations ! De l'espionnage pur et simple. De haut niveau.
-
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- Entrevue, N° 65 (novembre 97), par Renaud Marhic
- [Résumé]
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- Sur le sujet des services secrets des sectes,
- Renaud Marhic a interrogé
plusieurs témoins.
-
- Didier Lerouge raconte ainsi les conséquences de sa plainte déposée en
octobre 1989 contre la Scientologie pour escroquerie,
abus de confiance et exercice illégal de la médecine : "J'ai reçu des appels
anonymes, style : "Si tu continues, on aura ta peau". J'ai été "dénoncé" pour
soi-disant participation à un attentat à la bombe contre la Scientologie
... On
m'a accusé d'avoir menacé de mort un enfant de parents scientologues, de passer
des coups de fils scabreux à une scientologue... De faux journalistes
enquêtaient sur ma vie privée. (...)
-
- Le juge d'instruction a subi des pressions
pour que le dossier ne sorte pas. Elle a reçu une lettre de ma part disant que
je retirais ma plainte, ce qui est complètement faux !"
-
- L'inspecteur de la police judiciaire Roger Facon raconte également qu'"au
cours de mes recherches sur les sectes templières j'ai été suivi. Ma voiture a
été volée et incendiée."
-
- Enfin, l'amiral Lacoste, ex-patron de la DGSE, admet ne pas avoir réalisé à
l'époque où il était en poste l'importance des services secrets des sectes.
Depuis, il dit : "J'ai compris qu'[ils] sont un risque pour la société. Quand
j'évoque la privatisation du renseignement, cela ne concerne pas que des sectes
très puissantes. (...) Certains services actions sont capables d'influencer les
milieux judiciaires ou d'aller chercher des documents ou des choses difficiles à
trouver" Il dénonce leurs méthodes à la limite du renseignement et de la
police privée : "Certaines peuvent engranger des millions de dollars en
traquant, par exemple, les escroqueries à l'assurance."
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- Les agents du DSA ont en effet réussi à glisser dans les jambes du chef de
cabinet du ministre de l'Intérieur, Chantal Jourdan, un "honorable
correspondant". Son nom ? Alain Brunet. Sa fonction à l'époque ? Conseiller
technique du ministre de la Culture. Un collaborateur apprécié et écouté,
puisque le trompettiste de jazz chevronné - qui cultive avec application son
étonnante ressemblance physique avec son patron, Jack Lang - a été promu en
avril 1992 au rang de chef de cabinet du ministre - qui entre-temps venait de se
voir adjoindre l'Éducation nationale. Là encore, Alain Brunet n'a pas démérité,
puisque Jack Lang, dans la perspective d'un changement de majorité en mars 1993,
l'a nommé inspecteur général de l'Éducation nationale à la mi-octobre 1992.
-
- Le rapport que rédige Edith, le 20 juillet 1990, rend compte de son activité
en ces termes: "Alain Brunet, du ministère de la Culture, qu'Eva a vu hier, a
rappelé. Il dit qu'il obtiendra du chef du cabinet du ministre de l'lntérieur
des informations sur la situation d'ici lundi. Il les transmettra à Eva."
Eva, c'est Eva Lefèvre, une des responsables de la section PR du DSA. L'officier
traitant de la taupe.
-
- Brunet est-il scientologue ? A première vue, il semble que la réponse soit
négative. Son nom n'apparaît sur aucune des listes de passage de grades que
publie régulièrement l'Église dans ses bulletins et revues. Mais, s'agissant
d'une recrue aussi précieuse, on peut supposer que les dirigeants de la secte
aient préféré préserver son anonymat.
-
- C'est en 1987 que Brunet a fait la connaissance de Chantal Jourdan. A
l'époque, elle était directeur de cabinet du préfet des Pyrénées-Orientales. Lui
venait d'être nommé sous-préfet à Céret, un des chefs-lieux du département.
Proches tous deux du Parti socialiste, ils avaient rapidement sympathisé. Leurs
carrières respectives les ont ensuite séparés. En janvier 1988, en pleine
cohabitation, Chantal Jourdan rejoint Château-Chinon, ville chère au coeur de
François Mitterrand, pour y occuper les fonctions de sous-préfet. Quelqu'un, à
l'Élysée, s'est souvenu qu'elle a été une collaboratrice dévouée lors de son
passage au ministère de l'intérieur dans les cabinets de Gaston Defferre puis de
Pierre Joxe.
-
- En février 1989, revenu aux affaires, ce dernier la rappelle et la nomme
chef de son cabinet. Un poste où l'on voit passer beaucoup de dossiers
"sensibles". Surtout lorsqu'on a, comme Chantal Jourdan, la confiance de son
patron. A Paris, elle découvre qu'elle n'est pas la seule à être montée en
grade. Alain Brunet a fait du chemin depuis Céret il est maintenant conseiller
technique dans le cabinet de Jack Lang. On se téléphone, on se revoit, on parle
politique et on échange des confidences. Comme tous les collaborateurs de
ministre chaque fois qu'ils se rencontrent.
-
- Brunet a-t-il réussi à obtenir des renseignements à la faveur de ces
entretiens ? Pour Chantal Jourdan, la réponse est non. La collaboratrice de
Pierre Joxe assure qu'il n'a jamais été question de l'Église de Scientologie au
cours de ces contacts - qui se seraient limités, selon elle, à deux ou trois
entrevues et quelques entretiens téléphoniques. Seuls les dossiers concernant la
ville de Blois, la circonscription de Jack Lang, auraient été évoqués.
- F10, notre agent à l'Élysée
-
- Brunet n'est pas la seule taupe des
scientologues. En parcourant les rapports d'Edith, on découvre que le DSA
dispose d un autre agent au sein de l'appareil de l'État. Un agent si secret
qu'il n'est désigné que par son nom de code: F10. Au terme de ses recherches,
l'auteur de ce livre pense être parvenu à l'identifier. Mais il n'a pu établir
formellement que F10 et l'individu auquel il songe sont une seule et même
personne. Nous nous en tiendrons donc à son nom de code.
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- Disons simplement que F10 évolue dans les premiers cercles du pouvoir. C'est
un familier des palais de la République. Rusé et influent. Et qui a ses entrées
partout... C'est lui qui est derrière le formidable coup de théâtre qui se
produit le 24 juillet 1990 devant la chambre d'accusation de la cour d'appel de
Lyon. Les magistrats doivent ce jour-là se prononcer sur le maintien en
détention de Danièle Gounord, Jean-Paul Chapellet et Jean-Jacques Mazier.
-
- Après
avoir déposé des réquisitions écrites réclamant la poursuite de l'incarcération
des inculpés, conformément aux instructions qu'il a reçues du ministère de la
Justice, le procureur François Coste demande à user de sa "liberté de parole".
Une procédure qui, sans être exceptionnelle, est néanmoins peu courante. Le
magistrat se lance aussitôt dans un violent réquisitoire contre
... le juge
Georges Fenech, à la stupéfaction des avocats des parties civiles (des anciens
adeptes et une association antisecte). Les défenseurs des inculpés se frottent
les mains. Il n'y a rien dans le dossier, explique en substance l'avocat
général, alors que les conclusions qu'il vient de déposer soutiennent exactement
le contraire. Le suicide de Patrice Vic ? Aucune relation avec sa fréquentation
de la secte. Le prix de revient? Insuffisant pour démontrer qu'il y a eu
escroquerie. Bref, il faut remettre en liberté les trois dirigeants
scientologues.
-
- La cour va-t-elle se laisser convaincre ? Oui. Le lendemain, elle rend sa
décision: les inculpés sont libres.
-
- Un désaveu cinglant pour le juge Georges Fenech. Lourd de conséquences.
Certes, les trois scientologues restent sous le coup des inculpations prononcées
par le magistrat lyonnais. Mais le message de la chambre d'accusation est clair:
Fenech doit en rester là. Plus question de foncer. Et encore moins de démanteler
la secte. Un enterrement de première classe. L'Eglise de Scientologie est
sauvée.
-
- F10 a réussi son coup. Une manipulation increvable d'audace et de
sang-froid. Pour contrer Fenech et le ministère de la Justice, F10 s'est en
effet appuyé sur la plus haute autorité de l'État: la présidence de la
République ! C'est l'Élysée qui, à l'insu du ministère de la Justice - et contre
l'avis de ce dernier -, est intervenu auprès du procureur Coste pour qu'il
convainque la chambre d'accusation de relâcher les scientologues incarcérés.
-
- Une opération dont Edith retrace le déroulement dans le long rapport rédigé
le 8 juillet. Le document mérite qu'on s'y attarde tant il en apprend sur le
fonctionnement et l'importance du réseau mis en place par le DSA. Il débute par
cette phrase "Comme je l'ai indiqué dans mes rapports d'hier, le mémoire a
été transmis au président" Le président ? Il s'agit de François Mitterrand.
Par l'intermédiaire de F10, les scientologues ont fait parvenir un mémoire au
chef de l'Etat. Que contient-il ? Nous en ignorons la lettre. La teneur en
revanche nous est connue. Point de départ de la démonstration, la personnalité
du juge Fenech.
-
- Le magistrat est en effet un des responsables de l'Association
professionnelle des magistrats (APM), une organisation très à droite, qui
regroupe près de 15 % des juges et procureurs. Violemment opposée à la politique
du gouvernement et à la personne du président de la République - qui elle
reproche notamment d'avoir gracié Roger Knobelspiess et Anis Naccache -, l'APM
s'est fait remarquer par ses déclarations incendiaires lors des différentes
"affaires" qui ont émaillé le mandat de François Mitterrand. Attitude qui lui
vaut depuis 1981 de voir la promotion de certains de ses adhérents quelque peu
retardée. Et son assemblée quelque peu boudée par les différents gardes des
Sceaux socialistes ...
-
- Autant dire que, pour les scientologues, l'engagement syndical du juge
Georges Fenech est pain bénit... Ils sont victimes d'un magistrat liberticide
qui a décidé de construire sa carrière sur le dossier de l'Église de
Scientologie, voilà tout. Il n y a pas d autre explication à son acharnement. La
conclusion s'impose d'elle-même. Le pouvoir socialiste " défenseur des libertés
" peut-il décemment laisser ce magistrat " réactionnaire "- en fait, il est
proche de Raymond Barre - continuer son entreprise ? Bien évidemment non.
-
- Fenech est donc l'homme à abattre, juridiquement s'entend. Cependant, lui
retirer le dossier de l'Église de Scientologie provoquerait un émoi certain, non
seulement au sein de l'APM, mais encore parmi les organisations antisèches. Sans
compter que, au ministère de la Justice, où on a décidé d'accompagner
l'offensive des juges, on comprendrait mal pareille décision. Il faut donc
procéder autrement. Par la bande. En coulisses. Pour transmettre ses
instructions aux parquets, le ministère de la Justice passe par la Direction des
affaires criminelles. C'est donc à ce niveau qu'il faut intervenir.
L'interlocuteur élyséen de F10 va s'en charger. Il donnera à la Direction des
affaires criminelles d'autres consignes. Des consignes de modération. Discrètes
mais efficaces, puisque les magistrats de la chambre d'accusation de la cour
d'appel de Lyon et le procureur François Coste les ont suivies à la lettre.
-
- La manœuvre va prendre près de deux semaines pour se mettre en place. Deux
semaines au cours desquelles F10 va rencontrer plusieurs membres du cabinet du
président de la République. Entretiens dont la scrupuleuse Edith rend compte
dans ses télex à OSA International.
-
- Rapport du 10 juillet 1990: "Une lettre personnelle a été reçue par le
terminal. Il aura une réponse demain matin à 10 heures de l'assistant direct de
M... F10 a rendez-vous avec l'assistant à 10 heures pour examiner les
instructions que cette dernière aura reçues d'ici là et leur mise en oeuvre. Il
est très confiant sur le déroulement de cette opération. Il vient se faire
débriefer demain au déjeuner pour voir où nous en sommes."
-
- Le terminal, c'est F10. M... désigne François Mitterrand. L'"assistant
direct" attend des instructions. Mais avant de se prononcer, le président de la
République veut en savoir davantage sur cette affaire. Un complément
d'information va être demandé au chargé de mission élyséen pour les questions de
justice: Paule Dayan. Un conseiller en qui François Mitterrand a toute
confiance: Paule Dayan est en effet la fille de Georges Dayan, qui fut
certainement son plus proche ami.
-
- C'est avec elle que F10 va désormais traiter. La décision finale restant
bien sûr du seul ressort du président. Le 20 juillet 1990, F10 touche enfin au
but. "F10 est de retour et s'est entretenu avec Dayan, le conseiller privé de
Mitterrand pour la justice, écrit Edith dans son rapport à OSA International. Le message est
: "Ça va être O.K,
le feu vert a été donné." Il n'a pas voulu en dire plus par téléphone. Je le
vois demain à 10 h 30 pour le préparer complètement. Il veut être encore préparé
étant donné qu'il a rendez-vous lundi matin à l'Élysée...". Cette fois c'est
gagné. F10 a convaincu Paule Dayan et le président de la République de corriger
les élans de la justice. Cinq jours plus tard, la chambre d'accusation de la
cour d'appel de Lyon remet en liberté Danièle Gounord, Jean-Paul Chapellet et
Jean-Jacques Mazier. ..
-
- Avant de poursuivre, ajoutons une remarque à propos de F10. Le voile qui
plane sur son identité peut être aisément levé. Il suffit en effet aux services
de l'Élysée de rechercher sur la main courante du poste de garde du palais
présidentiel le nom du visiteur qui s'est présenté le 11 juillet 1990 à 10
heures (puisque, selon les rapports d'OSA France,
c'est ce jour-là, à cette heure précise, que F10 a rencontré l'"assistant
direct", de François Mitterrand), puis est revenu le lundi 23 juillet dans la
matinée (date à laquelle, selon Edith, F10 devait se rendre à l'Élysée). Ils ne
sont certainement pas nombreux à être dans ce cas. Si besoin, un recoupement
avec l'agenda de Paule Dayan permettrait d'éliminer tout risque de confusion
...
-
- Il y a aussi des taupes à l'Intérieur et à la
Défense
|
- En juin 90, la Direction de la surveillance du territoire
informe discrètement Pierre Joxe des connexions entre Dialogic, une société qui vient de procéder
deux mois plus tôt à un système d'audit pour le Raid (l'unité anti-terroriste de
la police nationale) et l'Eglise de Scientologie.
-
- Les contacts avec Dialogic
dont aussitôt coupés. Le 20 juillet de la même année, la mystérieuse Edith envoie toutefois un rapport à OSA International. "Michel Raoust (Directeur
Général de Dialogic) est venu se faire débriefer. Il nous a dit que le dossier
Dialogic-Raid a été volé au siège de la société quelques jours avant la parution
des articles de presse. Une plainte a été déposée
..." Difficile de croire
après cela que certaines informations confidentielles auxquelles ont eu accès
les ingénieurs de Dialogic n'ont pas fini entre les mains des scientologues.
-
- L'Eglise a également infiltré pendant près de dix ans la Défense nationale.
Leur cheval de Troie? Une société de sous-traitance informatique, Infi, qui a travaillé pour la fine fleur de
l'industrie d'armement : Euromissile, Matra, Electronique Serge Dassault,
Thomson, Sagem.
-
- Infi a ainsi participé à la réalisation de projets "sensibles"
tels que le système de navigation du Super Etendard, le moteur de l'avoin de
chasse Rafale, les communications d'un sous-marin nucléaire, le guidage de
missiles, la protection de certains sites nucléaires ou les installations de
sécurité de la Banque de France (projet
Bastille).
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- Quand la Scientologie embauchait les ex-flics de l'Elysée
-
- Révélation. Le juge Fenech confirme
:
- "On m'a alerté sur les investigations
que menait contre moi Pierre-Yves Gilleron"
Par Serge Faubert
L'Evénement du Jeudi. 26 septembre 1996
[Texte
intégral]
Poursuivis pour
escroquerie, vingt-trois scientologues comparaîtront
lundi devant le tribunal de Lyon. La secte a utilise tous les moyens pour
entraver le cours de la justice.
- Sur le coup, le juge Georges Fenech n'y a pas cru. Trop invraisemblable, trop
démesuré. Certes, il instruisait le dossier de l'Église de Scientologie,
organisation multinationale à l'histoire judiciaire chargée. Mais quand même
...
Pourtant, l'ami qui, en ce début d'année 1990, vient mettre en garde le
magistrat n'affabule pas.
-
- L'Evénement du Jeudi est en mesure de révéler
que l'Église de Scientologie a fait appel aux services d'un ancien responsable
de la cellule élyséenne, le commissaire de la DST Pierre-Yves Gilleron -
aujourd'hui conseiller pour les affaires de sécurité du président congolais
Pascal Lissouba -, pour enquêter sur les magistrats qui - en Italie, à Marseille
et à Lyon - instruisaient à cette époque des dossiers mettant en cause la secte.
-
- "On m'a effectivement alerté sur les investigations menées contre moi par
Pierre-Yves Gilleron, confirme Georges Fenech. Je ne souhaite pas réagir
aujourd'hui. Je ne voudrais pas que cela influe sur le procès
qui s'ouvre la semaine prochaine à Lyon." Lundi, 23 dirigeants ou simples
membres de l'Eglise de Scientologie comparaîtront devant le tribunal de grande
instance de Lyon, à l'issue de cinq années d'instruction menées par le juge
Fenech. Tout commence le 24 mars 1988, près de Lyon. Patrice Vic, un jeune
dessinateur industriel, qui a rejoint l'Église quelques mois auparavant, se
jette par la fenêtre du douzième étage sous les yeux de sa femme, Nelly.
-
- Sur sa
table de nuit, les policiers retrouveront des médicaments prescrits par les
scientologues. Nelly Vic porte plainte contre X pour homicide involontaire,
escroquerie et exercice illégal de la médecine. Le juge prend l'affaire au
sérieux. Il entend une soixantaine de témoins, procède à plusieurs perquisitions
à Lyon et à Paris et inculpe au total une trentaine de scientologues, dont les
principaux dirigeants, Danièle Gounord et Jean-Paul Chapellet.
- Nous sommes en 1990
La secte est dans la tourmente. A Marseille et à
Paris, plusieurs plaintes ont abouti à l'inculpation d'autres scientologues.
Pour redresser la situation, L'Eglise ne peut compter que sur son bureau des
affaires spéciales, "OSA" (Office of Special
Affairs). Véritable service de renseignements de la secte, il est chargé
d'endiguer par tous les moyens l'offensive de la justice.
Entre autres actions, OSA va s'assurer les services d'un professionnel,
Pierre-Yves Gilleron. Son contact dans la secte ? Pascal Parizot, responsable du
département Investigation de OSA. Le capitaine Paul Barril, avec qui Gilleron
était associé à cette époque, est formel. "J'ai vu Gilleron déjeuner à plusieurs
reprises avec Parizot. Ils étaient très proches. Je sais que Parizot a confié
des missions d'investigation à Gilleron sur l'Italie, Marseille et Lyon."
Plusieurs mouvements de fonds attestent cette collaboration. Pour la seule
année 1989, la Scientologie, via le compte Carpa d'une de ses avocates - membre
de la secte -, a versé près de 150.000 F au super-flic.
Quelles prestations a fournies Gilleron pour cette somme ? L'intéressé ne
veut pas répondre (La réponse de Pierre-Yves Gilleron: "Vous écrivez ce que
vous voulez, comme vous voulez, quand vous voule2 Je n'ai aucune déclaration
Faire. Je n'en ai jamais fait de ma vie, je n'en ferai jamais."). Mais il
n'est pas besoin d'être grand clerc pour le deviner. Surtout lorsque le juge
Fenech affirme "avoir été suivi à plusieurs reprises pendant son enquête".
- Gilleron a rendu d'autres services
C'est lui qui a orienté l'Église
de Scientologie vers l'avocat Jean-Yves Goeau-Brissonnière pour être son conseil
dans les procédures opposant la secte à l'administration fiscale. Spécialiste
des questions africaines, cet ancien collaborateur de Pierre Mendès France puis
d'Alain Savary a été, à partir de 1981, chargé de mission auprès de Roland Dumas
dont il est un ami personnel.
Goeau-Brissonnière est également Grand Maître
honoris causa de la Grande Loge de France, une des principales obédiences
maçonniques françaises. Gilleron espérait-il utiliser les contacts de l'avocat ?
C'est vraisemblable. On ne peut manquer de rapprocher ce rôle d'intermédiaire
d'une autre affaire déjà évoquée dans l'Événement (cf. L'EdJ
n° 434 du 25 février 1993).
Les rapports internes d'OSA de juin et juillet
1990 établissent qu'un intermédiaire désigné sous le nom de code de F10 (pour
le détail de cette affaire voir le livre Une secte au
coeur de la République) est intervenu auprès de la présidence de la
République afin d'obtenir la remise en liberté de trois dirigeants
scientologues, alors placés en détention préventive par le juge Fenech.
Libération qui sera acquise au terme d'un spectaculaire revirement du procureur
François Coste, le 24 juillet 1990, devant la chambre d'accusation de la cour
d'appel de Lyon. Après avoir déposé des réquisitions écrites en faveur du
maintien en détention conformément aux instructions de la chancellerie -,
celui-ci réclamera - à titre personnel ! - la remise en liberté des
scientologues, arguant qu'il n'y a rien de probant dans le dossier d'instruction
!
F10 n'a pas été formellement identifié à ce jour. Gageons cependant que
Pierre-Yves Gilleron a sa petite idée sur le nom de ce bon ami des
scientologues ...
La Scientologie s'en est prise à tous les acteurs de la procédure. Les
policiers qui assistaient le juge Fenech seront poursuivis par la secte. Ils
gagneront le procès en diffamation intenté en retour à l'Église.
- Un mystérieux intermédiaire auprès de l'Elysée. Un témoin suicidé. Un
psychiatre harcelé ...
Mais c'est le Dr Jean-Marie Abgrall, l'expert psychiatre mandaté par le
juge Fenech qui a eu le plus à pâtir des scientologues. Vol de courrier, d'un
ordonnancier, campagne de dénigrement, procédures judiciaires multiples... Une
stratégie de harcèlement qui avait pour but de le faire craquer.
- Le crime d'Abgrall ?
Avoir écrit dans la conclusion de son rapport
que : "La Scientologie est une secte pratiquant des techniques médicales et
paramédicales essentiellement psychiatriques. Son idéologie est basée sur
l'endoctrinement, la manipulation mentale et la soumission. L'argument religieux
n'apparaît que comme une couverture destinée à masquer des intérêts
économiques."
Las pour la Scientologie, Abgrall a réussi a démasquer certains des
scientologues chargés de le persécuter ! Leurs aveux sont accablants pour les
méthodes de l'Église, comme en témoignent ces extraits du procès-verbal
d'audition (en date du 25 janvier 1993) d'un des agents d'OSA, Rémy Petit
: "Nous avions ordre de notre direction du Comité des citoyens pour les
droits de l'homme (CCDH, un des multiples
pseudopodes de l'Église, NDLR) de Paris de trouver de toute urgence des éléments
de discrédit du Dr Abgrall. (...) Il fallait absolument réagir et prouver que le
docteur Abgrall était une canaille."
"Mme Patricia Forestier (une des responsables d'OSA, NDLR) nous a téléphoné de Paris. (...) Il
s'agissait de développer, selon la tactique dite de propagande noire, définie
par Ron Hubbard, une contre-attaque concernant les affirmations du
médecin-psychiatre Abgrall de Toulon (...). Mme Forestier ne m'avait pas
détaillé les raisons qui faisaient que M. Abgrall était ennemi de notre
association et j'avoue ne pas avoir demandé d'explications à ce sujet. En bon
scientologue, j'ai obéi à ma hiérarchie. " Rémy Petit, 25
ans, est décédé quelques jours avant la confrontation avec Patricia Forestier.
Officiellement, il s'est suicidé. Aucune expertise n'a été ordonnée.
- Evoquera-t-on à l'audience ces méthodes de basse police ?
Il est à
craindre que non. Déjà, l'inculpation d'exercice illégal de la médecine, retenue
par Georges Fenech, a été abandonnée dans l'ordonnance de renvoi.
L'avocat de la secte, Me Olivier Metzner (qui est aussi - le monde est petit
! - le conseil de Pierre-Yves Gilleron dans l'affaire des écoutes téléphoniques
de la cellule élyséenne), peut être tenté de demander le renvoi du procès à la
faveur d'une nullité de procédure. Comme à Marseille, en janvier dernier, où il
défendait d'autres scientologues.
La liquidation judiciaire de la secte en novembre de l'année dernière lui a
porté un coup sérieux même si elle a refait surface quelques jours plus tard
sous le nom à peine modifié d'Association spirituelle de l'Église de
Scientologie, laissant derrière elle une ardoise fiscale de 48 millions de
francs. Une vague de condamnations ébranlerait pour longtemps l'édifice. A
l'inverse, des relaxes assorties, pour la forme, de peines symboliques
permettraient à l'Église de relever la tête. A la justice d'être à la hauteur de
l'enjeu ...
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- Procès à Lyon de 23 scientologues inculpés pour escroquerie, tentative
d'escroquerie, complicité d'escroquerie et abus de confiance. Jean-Jacques
Mazier, président de l'église de Scientologie de Lyon en 1988, est poursuivi
pour escroquerie et incitation involontaire au suicide.
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- Jugement du TGI
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- 18 novembre 1996 : Condamnation de Jean-Jacques Mazier à 3 ans de
prison, dont 18 mois avec sursis, et à 500.000 francs d'amende. Condamnation de
14 autres scientologues à des peines de 9 mois à 2 ans de prison avec sursis, et
à des peines d'amende comprises entre 10.000 et 50.000 francs. Tous les
condamnés ont fait appel.
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- Appel
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- 28 juillet 1997 : Allègement des
condamnations : 3 ans de prison avec sursis pour Jean-Jacques Mazier, amende
maintenue à 500.000 francs. Condamnation de 4 autres scientologues à des peines
de 8 mois à 1 an de prison avec sursis, et à des amendes comprises entre 10.000
et 20.000 francs.
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- Cassation
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- 30
juin 1999
: Le Pourvoi en Cassation est rejeté.
L'arrêt du 28 juillet 1997 est régulier en la forme.
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- La secte au dessus des lois
L'Événement du
Jeudi, 5 novembre 1998, par Serge Faubert (avec Stéphanie Roy).
[Texte
intégral]
Des dossiers qui disparaissent des armoires du palais de justice, une
instruction qui s'éternise, des documents qui seraient des faux... La machine
judiciaire grippe dès lorsqu'il sagit de l'Eglise de scientologie. Enquête sur
d'incompréhensibles anomalies qui risquent d'annuler quinze années de
procédure.
- Les miracles ne sont plus l'apanage des religions. Les sectes ont
maintenant les leurs. A preuve celui qui s'est produit le 13 octobre devant la
chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris : une partie d'un dossier
d'instruction concernant l'Eglise de scientologie s'est évanoui quelque part
dans les couloirs du palais de justice. Très exactement les cotes D 1938 à D
1982 du tome VIII et l'intégralité du tome IX (sur un total de dix tomes).
Presque des reliques, puis qu'il s'agit d'un des plus vieux dossiers contre la
secte encore à l'instruction.
-
- Mais voilà, les avocats des parties civiles ne croient guère au surnaturel.
Ces mécréants envisagent très sérieusement de porter plainte pour vol si, lundi
prochain, lors de la nouvelle audience de la chambre d'accusation, les pièces
manquantes n'ont pas réintégré leurs chemises cartonnées. On pourrait bien alors
assister à ce curieux spectacle d'une brochette de magistrats, d'avocats, de
greffiers et d'appariteurs entendus par des offficiers de police judiciaire dans
le cadre d'une commission rogatoire.
-
- Pour spectaculaire qu'elle soit, cette disparition n'est pas la seule
fantaisie qu'ait connue ce dossier. Fantaisies dont l'accumulation laisse pour
le moins perplexe.
-
- L'affaire débute le 16 mars 1989. Juan Esteban Cordero, un jeune Equatorien
de 22 ans, étudiant à Paris, porte plainte contre X pour escroquerie. Quatre
mois plus tôt, le chemin de ce fils de famille a croisé celui de l'Eglise de
scientologie. Séduit, il a pris cours sur cours. Ne lui a-t-on pas laissé
entrevoir qu'il pourrait ainsi réveiller des potentialités psychiques
jusqu'alors inconnues ? Lorsqu'il se présente au cabinet de son avocat, il a
laissé dans les caisses de la secte la bagatelle de 1.112.986 FF !
-
- Le parquet
désigne un juge d'instruction, Marie-Paule Moracchini. D'autres plaintes en
suspens sont jointes au dossier. Notamment celle déposée en 1983 par Julia
Darcondo, une ancienne adepte devenue l'une des bêtes noires de l'Eglise de
scientologie. En effet, d'une expérience de dix années dans l'Eglise, elle a
tiré un livre paru en 1987, Voyage au centre de la secte. Cet ouvrage a
longtemps été l'un des seuls témoignages sur le fonctionnement réel de
l'organisation. La Scientologie s'est employée pendant des années à en racheter
les exemplaires. Le 25 mai 1989, la juge Moracchini délivre une commission
rogatoire portant sur les méthodes de la Scientologie et le profil psychologique
des adeptes. La 9e division de la Direction centrale de la police judiciaire
(DCPJ), chargée des escroqueries et des abus de confiance, se voit confier
l'enquête.
-
- A Lyon, un autre magistrat travaille déjà sur l'Eglise de scientologie : le
juge Georges Fenech. Instruisant les circonstances du suicide, en mars 1988, d'un adepte de la secte, Patrice Vic,
il est remonté jusqu'à ses dirigeants. En juillet 1990, Fenech ordonne
l'interpellation des principaux responsables de l'Eglise, Jean-Paul Chapellet et
Danièle Gounord. L'opération fait grand bruit dans la presse.
-
- Sans doute cette publicité réveille-t-elle l'intérêt de Marie-Paule
Moracchini pour la secte. Le 3 janvier 1992 les inspecteurs de la 9e division
investissent le siège de l'Eglise de scientologie de Paris, au 65 rue de
Dunkerque, et le Celebrity Center, le
bâtiment réservé aux adeptes fortunés de la secte, 69 rue Legendre. Une
vingtaine de scientologues sont interpelés. Des kilos et des kilos de document
sont saisis. De nombreuses pièces comptables, mais aussi des lingots d'or.
-
- Parmi les personnes emmenées par les policiers, Jean-Paul Chapellet. En
février 1991, il a succédé à Danièle Gounord à la présidence de l'Eglise de
scientologie en France. Moracchini le poursuit pour escroquerie et exercice
illégal de la medecine. Des chefs d'accusation déjà retenus contre lui par le
juge Georges Fenech à Lyon.
-
- Le 20 février 1991, un second hiérarque de la secte est inculpé d'escroquerie
et de complicité d'exercice illégal de la médecine, le Dr Claude Boublil. C'est
chez ce praticien que les adeptes allaient retirer le certificat médical les
autorisant à subir des séances intensives de sauna - la « cure de purification »
-imposée aux nouvelles recrues.
-
- La machine est enfin lancée. Magistrat et policiers exploitent les
informations recueillies. Le 18 mai 1993, l'inspecteur Biagotti adresse à
Marie-Paule Moracchini le rapport de synthèse de l'enquête : « Les
réalisations promises par la scientologie peuvent paraître illusoires et
éphémères ». L'Eglise se livre à des « activités commerciales ». Elle
draine de l'argent « vers les Etats-Unis via le Luxembourg et le Danemark
». La cure de purification inquiète le
policier : «Cela ne pourrait-il pas engendrer la déstabilisation de
l'adepte ?» Quant au cursus de formation scientologue, il «entraîne
généralement un endettement des paroissiens». L'inspecteur estime donc que
«les délits d'extorsion et d'exercice illégal de la médecine pourraient être
retenus à l'encontre des responsables de deux centres pari siens de la
Scientologie».
-
- Dans l'intervalle, d'autres plaignants sont venus s'ajouter au dossier. Eric
Dumas, un médecin de 27 ans qui, en avril 1992, observera, plusieurs jours
durant, une grève de la faim devant les locaux de l'Eglise de scientologie avant
d'être hospitalisé. Il a versé 480.000 F aux scientologues.
-
- Il y a encore Didier Lerouge, propriétaire d'une petite boutique de
produits régionaux et d'un studio à Paris. Entré dans la secte en 1986, il s'est
retrouvé à la rue un an plus tard. Pour payer sa formation, la secte l'a
contraint de vendre studio et magasin à une agence immobilière tenue par des
scientologues. Pour une bouchée de pain, bien sûr. Il y a encore un avocat, des
médecins du travail ... Neuf plaintes au total.
-
- Si l'on s'en réfere au rapport de l'inspecteur Biagotti, dès le second
semestre 1993, le juge Moracchini est en état de clôturer son instruction. Les
faits sont établis et les responsables, identifiés. Au pire, elle peut encore
prendre quelques semaines pour affiner la qualification des délits retenus
contres les préve nus scientologues. Même en tenant compte des lenteurs du
système judiciaire, ce dossier aurait donc dû être renvoyé devant le tribunal
correctionnel courant 1994.
-
- Or il n'en a rien été. La juge laisse au contraire son instruction en l'état.
Ce point est capital. Car la loi prévoit que si, pendant trois ans, le magistrat
ne procède à aucun acte de procédure, l'affaire est prescrite. C'est précisément
l'argument soulevé aujourd'hui par l'avocat de l'Eglise de scientologie, Olivier
Metzner : «Entre le 18 mai 1993 et le 22 mai 1997, soit quatre ans et quatre
jours, la juge Marie-Paule Moracchini n'a réalisé aucun acte. Le dossier est
frappé de prescription».
-
- On se souviendra que cela a failli être le cas pour le dossier instruit par
le juge Georges Fenech à Lyon. Bien que cloturé, le dossier est resté plus de
deux ans sans qu'une date d'audience soit fixée. C'est uniquement l'émotion
provoquée par le 2ème massacre de l'Ordre du Temple
solaire, en décembre 1995, et la parution du rapport
parlementaire sur les sectes, une semaine plus tard, qui ont poussé le garde
des Sceaux de l'époque, Jacques Toubon, à renvoyer l'affaire devant le tribunal
correctionnel.
-
- Dans le dossier parisien, on objectera que les parties civiles auraient pu se
manifester avant l'expiration du délai. Oui, mais voilà, nombre de plaignants
ont changé d'avocat au fil des ans - certaines plaintes remontent à une
quinzaine d'années... Il faut le temps de transmettre le dossier et d'en prendre
connaissance. Et puis, surtout, comment imaginer que la juge, après avoir
procédé à des inculpations, s'exposerait elle-même par son inaction à la
prescription ? Le comportement de Marie-Paule Moracchini ne laisse pourtant pas
de surprendre. Le 26 mai 1997, l'avocat du jeune étudiant colombien dont la
plainte a déclenché la procédure Nicolay Fakiroff, écrit à la juge pour lui
réclamer le règlement du dossier. Pas de réponse. Quatre mois plus tard, il
revient à la charge. Sans davantage de succès.
-
- Le 3 novembre 1997, Fakiroff saisit la chambre d'accusation de la cour
d'appel de Paris. Cette juridiction a, en effet, le pouvoir de décider du renvoi
du dossier d'instruction devant un tribunal. Va-t-on enfin statuer ? Non. Le
dossier transmis à la chambre d'accusation est incomplet. Le parquet
s'impatiente. Début avril 1998, le procureur Jean-Claude Marin est chargé de
faire le point. Le 1er juillet, il adresse son rapport au procureur général :
«Le magistrat instructeur m'a précisé n'avoir eu connaissance qu'en avril
1998 de la demande de règlement dont est saisie la chambre d'accusation depuis
le 3 novembre 1997. Elle m'a, par ailleurs, indiqué avoir adressé à la chambre
l'entier dossier composé des dix tomes de la procédure et n'est plus en
possession des cotes D 1938 à D 1982 ainsi que du tome IX.»
-
- Une mauvaise communication entre les service expliquerait donc que
Marie-Paule Moracchini soit restée sourde aux demandes de l'avocat - certaines
adressées Par écrit avec accusé de réception - pendant six mois. Pourquoi
pas ...
-
- Les cotes et le tome manquants ? Le magistrat instructeur a
adressé un dossier complet. Il ne sait rien de ce qui a pu se passer, une fois
la porte de son cabinet franchie. Soit. De l'avis des professionnels, il est
extrêmement rare qu'un dossier s'égare définitivement. Mais cela peut quand même
se produire. Justement, le législateur a envisagé cette éventualité : selon le
code de procédure pénale, le juge d'instruction doit établir une copie de son
dossier avant de le transmettre. Mais voilà, Marie-Paule Moracchini n'a pas
observé cette obligation, pourtant sans ambiguïté. « Le double de la
procédure ne serait pas au complet quant au fond du dossier », indique le
procureur Marin dans son courrier au Procureur Général. En clair, Marie-Paule
Moracchini a conservé en sa possession le double d'un certain nombre de pièces,
sauf justement celles qui manquent au dossier. Ce n'est vraiment pas de chance !
-
- La liste des anomalies ne s'arrête pas là. Le 18 juin 1997, lassé de
l'inertie de la magistrate, un avocat des parties civiles, Jean-Michel Pesenti,
se présente avec son client, Didier Lerouge devant Marie-Paule Moracchini. La
juge lui affirme que Lerouge s'est désisté. Stupeur de l'intéressé qui dément
catégoriquement. Ce n'est pas fini : la juge est également persuadée que les
deux autres clients de Pesenti, Eric Dumas et Laurant Bertz, se sont désistés.
Une lettre de ce dernier figurerait même dans le dossier. « Aucun de mes
clients n'a renoncé à son action », précise Pesenti. Pour dissiper toute
confusion, j'ai immédiatement réitéré la constitution de mes trois clients dans
le dossier.
-
- Le 13 Octobre 1998, l'affaire vient enfin devant la chambre d'accusation. Les
avocats des parties civiles exigent que les éléments manquants soient retrouvés.
Au sortir de l'audience, l'avocat de l'Union nationale de la
défense de la famille et de l'individu (UNADFI) Olivier Morice, écrit à la
garde des Sceaux : « Je vous remercie vivement de bien vouloir faire en sorte
que les victimes ne pâtissent nullement soit d'une désorganisation lamentable de
l'institution judiciaire, soit de raisons plus obscures qui pourraient permettre
une nouvelle fois à des membres de l'Eglise de scientologie de s'en tirer à bon
compte ». Invitée le lendemain sur une radio périphérique, Elisabeth Guigou
annonce qu'une enquête interne sur la disparition d'une
partie du dossier est ouverte.
-
- De l'avis des professionnels, il est très rare qu'un dossier judiciaire
s'égare définitivement. La Scientologie a-t-elle de la chance ?
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- Le conseil
de l'Eglise, Olivier Metzner, invoque, lui, la prescription pour laver ses
clients de tout soupçon : «Pourquoi l'Eglise de scientologie aurait-elle
cherché à faire disparaître le dossier alors que la procédure est d'ores et déjà
prescrite ? C'est absurde.» «Pas si sûr, rétorque l'avocat de la
partie civile Nicolay Fakiroff. D'abord, il se peut que, parmi les pièces
disparues, il y ait des éléments interrompant la prescription. Ensuite, si les
lettres de désistement figurant dans le dossier sont des faux, certains avaient
tout intérêt à les faire disparaître avant que nous procédions à des expertises
graphologiques.»
-
- Reste le mystère de l'impéritie dont a fait preuve la juge Moracchini. Car
cette magistrate sait être diligente à l'occasion. En septembre dernier, elle a
mis en examen le propre substitut de Toulon, Albert Lévy, et notre confrère de
Var-Matin Claude Ardid pour violation du secret de l'instruction. Les
deux hommes sont soupçonnés d'avoir dévoilé une procédure concernant
l'attribution du marché de la restauration scolaire à Toulon. L'enquête a duré
six mois : filatures, écoutes téléphoniques, photos, perquisitions, la
magistrate a sorti le grand jeu pour ce qui n'était, au fond, qu'un banal délit
de presse.
-
- Alors, pourquoi ce laisser-aller coupable dans l'instruction du dossier de la
scientologie ? « J'imagine que la juge a souffert de pressions terribles dans
ce dossier, répond Nicolay Fakiroff. Des pressions émanant directement de
l'Eglise de scientologie ou de gens qui sont en relation avec elle ».
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- Ce ne serait pas la première fois dans l'histoire judiciaire de l'Eglise de
scientologie.
-
- Le juge Georges Fenech a ainsi été l'objet de filatures pendant
son instruction. Il apprendra, de source policière, qu'une ancienne barbouze de la cellule élyséenne était chargé de le
surveiller pour le compte de la Scientologie.
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L'expert
psychiatre désigné dans le dossier de Lyon, Jean-Marie Abgrall, a été victime,
lui, d'une campagne de persécution orchestrée par l'Eglise de scientologie :
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- Maître d'Oeuvre de ces actions de basse police, le bureau des
affaires spéciales, OSA («Office of Special
Affairs»). La section française de ce service de renseignement scientologue
disposait, en 1990, d'une taupe - connue sous le nom de code « F 10 » - dans
l'entourage du président de la République Francois Mitterrand. Celle ci a
transmis des informations sur les procédures en cours et intrigué en faveur de
l'Eglise auprès des responsables politiques (voir Une
secte au coeur de la République).
-
- OSA s'est naturellement intéressé de très près à Marie-Paule Moracchini. A
preuve ce rapport adressé le 10 juillet 1990 par l'antenne scientologue
française à la direction internationale : « Nous avons également obtenu
aujourd'hui des informations disant que la juge d'instruction Moracchini, avant
le raid de Marseille [une série de perquisitions et d'interpellations menées
en mai 1990 contre les centres scientologues de Nice et de Marseille par la juge
Carole Sayouz, NDLR], a adressé un mémoire au ministère de la Justice
proposant un ensemble d'actions. Le mémoire explique que le seul moyen d'abattre
la scientologie est de s'attaquer aux circuits financiers et à la comptabilité
et de se concentrer là-dessus. [...] Je n'en sais pas plus sur ce point.
-
- Nous allons remonter la piste au ministère de la Justice. Un des collègues de
Moracchini lui a demandé son avis sur les arrestations de Marseille, Lyon et
Paris. Elle a déclaré que mettre tous les scientologues en prison était une
énorme connerie et que ce n'était pas ainsi qu'il fallait procéder : " C'est une
bourde monumentale, et ils [les magistrats] ne les auront jamais comme ça
". Je pense que nous savons à quoi nous en tenir sur cette dame en ce qui
concerne l'instruction des plaintes dont elle s'occupe ».
-
- La secte a donc de grandes chances de passer une fois encore entre les
mailles du filet. En janvier 1995, à Marseille où sept responsables régionaux de
l'Eglise pour « exercice illégal de la médecine et escroquerie »,
l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel a été annulée à l'issue
de la première journée d'audience. Neuf rapports d'expertise n'avaient pas été
communiqués aux défenseurs des scientologues. Le substitut du procureur qui a
suivi l'instruction s'appelle Solange Moracchini, la propre soeur de
Marie-Paule. Décidément, la famille n'a pas la main heureuse avec la
Scientologie...
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- Les fuites de la commission d'enquête parlementaire
sur les sectes n'ont toujours pas été élucidées. Bien que les députés aient
siégé à huis clos, des associations et des universitaires favorables aux sectes
étaient entrés, au début de 1996, en possession de la liste des personnes
entendues. Plus grave, des procès-verbaux d'audition ont circulé dans la presse.
Le juge Valat, chargé du dossier, vient néanmoins de conclure au non-lieu.
- Il faut dire que, dans cette affaire, la présidence de l'Assemblée nationale
- alors occupée par Philippe Séguin - a fait très fort. L'avocat initialement
choisi pour la représenter appartenait au cabinet Farthouat, le défenseur des...
dirigeants scientologues Jean-Paul Chapellet et Danièle Gounord devant la Cour
d'Appel de Lyon en juillet 1997. Certes, en droit, rien ne s'y oppose. Mais on
aurait pu espérer un choix plus avisé.
Quant à la présence de Danièle
Gounord dans une tribune officielle de l'Assemblée - interdite au public - le
jour du débat sur le rapport de la commission parlementaire d'enquête, elle
n'est pas vraiment été éclaircie. Un obscur fonctionnaire aurait été abusé...
- Il arrive quand même que la justice parvienne à condamner
à Lyon en novembre 1996 devant le tribunal de grande instance, puis devant la cour d'appel en juillet 1997. Encore
faut-il regretter qu'à cette occasion cette dernière juridiction ait cru bon, en
violation de tous les principes républicains, d'affirmer dans ses attendus que
« l'Eglise de scientologie peut revendiquer le titre de religion ». Une
reconnaissance inespérée qui, paradoxalement, permet aujourd'hui à la secte de
présenter l'arrêt de Lyon comme une victoire, malgré la condamnation de cinq de
ses membres à des peines de prison avec sursis. D'autres condamnations, elles,
se sont soldées par un formidable pied de nez à la justice. Ainsi, la liquidation judiciaire de l'Eglise de scientologie
de Paris prononcée, le 30 novembre 1995, par le tribunal de commerce. La secte
devait 42 millions de francs au fisc. Un mois plus tard, rue Jules-César dans le
12e arrondissement de Paris, une toute nouvelle « Association spirituelle de
l'Eglise de scientologie d'Ile-de France », qui n'a - c'est évident ! -
absolument rien à voir avec la défunte Eglise de scientologie de Paris, inaugure
ses locaux. Trois étages dans un immeuble cossu : bureaux, sauna, salles de
projection et de cours, escalier en marbre... La centaine de personnes qui
évoluent dans ce centre ne sont visiblement pas à l'étroit.
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- La ficelle est un peu grosse. N'importe quel petit commerçant qui recourrait
à pareil artifice serait immédiatement traîné en justice pour détournement
d'actifs par le ministère des Finances. Mais, faisant preuve d'une mansuétude
inhabituelle, le fisc a renoncé à poursuivre la nouvelle association
scientologue. Et ce bien qu'elle vende, dans ses locaux, les mêmes livres et
matériels et qu'elle facture les mêmes prestations que l'Eglise de scientologie
de Paris... Quant aux 42 millions en souffrance, c'est bien évidemment le
contribuable qui a soldé la note ...
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- Lionel Jospin vient de mettre en place une mission
interministérielle de lutte contre les sectes. Nul doute qu'elle n'aura
aucun mal à être plus performante que l'observatoire
installé par Alain Juppé en 1996
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- (l'observatoire a été remplacé par la MILS,
la Mission
Interministérielle de lutte contre les sectes; qui a été remplacée à son tour
par la MIVILUDES la
Mission interministérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives à caractère sectaire).
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- Le
dit observatoire s'est surtout signalé
par sa profonde léthargie. A tel point qu'on a été très étonné d'apprendre,
voilà deux semaines, que des inconnus se seraient introduits dans les locaux
afin d'effacer une partie des fichiers informatiques. Qui aurait cru que cet
observatoire détenait des informations explosives ?
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- La nouvelle mission a du pain sur la planche. A commencer par le
cambriolage dont a été victime, au début du mois, son futur président, Alain
Vivien, auteur d'un premier rapport parlementaire sur les sectes en 1983.
Travail d'un petit casseur de banlieue qui ignorait jusqu'à l'identité de
celui dont il fouillait la maison ? Peut-être. Mais il y a aussi des
monte-en-l'airs dans les sectes ... On ne prête qu'aux riches.
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- L'article contient également un encadré intitulé : Quand la Cinquième
(chaîne de télévision) sert la soupe au sectes.
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- Quand
la Cinquième (chaîne
de télévision
française) sert la
soupe aux sectes
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- «Les sectes :
mensonges et idéaux»
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- L'Événement du Jeudi, par Serge Faubert. 5 novembre 1998.
- [Texte intégral]
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- Cela pourrait s'appeler «Tribune libre pour les sectes», les auteurs
ont préféré «Les sectes :
mensonges et idéaux». Le mensonge, en l'occurrence, consiste à nous
faire croire qu'il existe une quelconque enquête derrière cette série de 5
épisodes de 52 minutes diffusée le samedi sur La Cinquième. Paresse ou
complaisance ?
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- Gourous et adeptes débitent leurs petits discours sans qu'à aucun
moment les auteurs, Frédéric Lenoir et Iolande Cadrin-Rossignol, se soucient de
vérifier les affirmations des uns et des autres, ce qui est pourtant la mission
première d'un journaliste. Ce rôle est dévolu aux méchants : entendez tous ceux
qui de près ou de loin ne prennent pas pour argent comptant les discours des
sectes : le juge Georges Fenech, le psychiatre Jean-Marie Abgrall, la présidente
de l'ADFI Jeanine Tavernier, le député Jacques Guyard,
rapporteur de la commission d'enquête parlementaire,
et même l'auteur de ces lignes.
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- La recette est connue : une minute pour le bourreau, une minute pour la
victime. Elle permet de se draper dans les plis de l'objectivité, mais elle est
foncièrement malhonnête.
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- Que pèsent 30 secondes de contradiction après 10
minutes de propagande sectaire dans laquelle ne reviennent que les mots «amou », «paix», «harmonie» et «tolérance». Pour
le coup, celui qui tente de démonter cette mystification passe pour un sectaire.
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- Avec le même procédé, on arriverait à faire passer le Front national pour une
fraternité de braves gens injustement persécutés. Peut-être était-ce là le
propos des auteurs, nous faire la démonstration qu'il y avait en France, comme
le prétendent les sectes, un lobby anti-sectes haineux et des mouvements à
prétention religieuse certes un peu rigides mais inoffensifs. Ils ont surtout
réussi à nous convaincre qu'il y avait de médiocres réalisateurs prêts à servir
la soupe à des groupes totalitaires.
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