DE LA SECTE AU GROUPE
 
Roland Huckel - texte publié en novembre 1988 par l'AVDS
(l'Association de Défense des Victimes de Sectes à Wissembourg)
 
Le concept de "secte" nous paraît de plus en plus inutilisable et conflictuel, apportant plus de confusion que de clarté
 
Nécessité d'un paramètre mesurant de l'intensité ou de "dangerosité" des différents groupes
 
Une personne ne devient membre d'un groupe que par étapes et elle n'en ressort que par des paliers
 
Le passe-partout "secte" n'ouvre plus aucune porte ... il risque de nous les fermer toutes au nez. Exemple d'application du tableau des degrés de dangerosité des groupes plus ou moins religieux.
 
Les 3 degrés  d'intensité du phénomène des groupes "sectaires"
 
DE LA SECTE AU GROUPE
 
par Roland Huckel - 1988
 
Le concept de "secte" nous paraît de plus en plus inutilisable et conflictuel, apportant plus de confusion que de clarté. L'historien de Sarreguemine, Mr B.Blandre, le remplace par le terme "MOUVEMENT RELIGIEUX"; le pasteur Haack de Munich distingue "JUGENDRELIGION" de "PSYCHOKULT" et de "GURUBEWEGUNG"; Mme JEANDROZ du Comité de Documentation et d'Information sectes de Grenoble a choisi le terme "GROUPE".
 
Celui-ci a l'avantage de montrer de manière explicite la réalité vécue :chacun de nous, de quelque religion qu'il soit, est entouré surtout par un "GROUPE" de personnes dans son environnement immédiat, dans le court terme loca : une douzaine de condisciples, un responsable religieux ou deux, c'est tout. A long terme, le dimanche par exemple, chacun rencontre la communauté entière. Ce n'est qu'exceptionnellement, une ou deux fois dans la vie que l'on rencontre le grand maître spirituel.
 
La réalité des groupes,c'est surtout leur diversité et leur instabilité. Dans la même communauté, je peux me trouver dans une équipe dynamique et chaleureuse; je peux aussi l'année suivante, évoluer dans un groupe inerte et peu convivial.
 
Voilà pourquoi je propose de mettre sur le banc d'essai le terme de "groupe" en désignant ainsi, non la communauté dans sa totalité (par exemple l'église universelle de dieu, installée en France), mais la rencontre régulière, en un lieu et un temps précis, de personnes réelles partageant la même formule de foi.
 
Le groupe est donc d'abord géographique et historique; par ses compléments-ex : groupe mooniste de Lyon-sud, groupe raélien de Lille-ouest;- il indique le système de croyances partagées. Si c'est nécessaire il est possible de dater les indications :ex :le groupe Ecoovie Paris 13ème, 1984.
 
Cité sans complément, par exemple "groupe Ecoovie", le concept prend un extension maximale,au dos d'un classeur par exemple ou dans une énumération dans un très long terme. Il est neutre et n'implique ni approbation ni condamnation; il est même adopté par les mathématiciens (dans la théorie des groupes).
 
Identifier ne suffit pas
 
Beaucoup d'études récentes essaient de cerner la réalité des "sectes" par des critères plus ou moins objectifs. C'est nécessaire. Nous avons adopté la définition de l'UNADFI-Paris avec ses deux jalons de MANIPULATION ET D'ESCROQUERIE.
 
C'est cependant insuffisant à l'usage. Des essais récents ont reconnu la nécessité d'un autre paramètre; la mesure de l'intensité ou de "dangerosité" des différents groupes Un article de presse "PRO JUVENTUD" traduit par le CDIS de Grenoble, propose de considérer dans toute description d'un groupe idéologique 3 degrés progressifs, A, B et C : il évalue la quantité des dommages économiques et physiques.
 
ex :
  • DEGRE A : PEU DE DOMMAGE (Les Mormons entre autres)
  • DEGRE B : DOMMAGES IMPORTANTS (Les Témoins de Jehovah, ...)
  • DEGRE C : DOMMAGES IMPORTANTS + VIOLENCES PHYSIQUES
C'est cette catégorie de graduation qui me paraît à présent indispensable à coté de l'identification d'un groupe. A condition de ne pas généraliser trop vite et de rester fidèle à la description de la réalité particulière du groupe désigné.
 
Dans la même communauté de méditation transcendantale par exemple, nous trouvons des groupes de degré A, qui représentent les fidèles pondérés, réservés,distinguant nettement le profane du sacré, les jours ouvrables des fêtes, mais aussi des groupes de degré B et C, ce dernier étant celui des fanatiques, prêts à se ruiner économiquement et physiquement, voyant du sacré partout et tous les jours, vivant dans la non-dualité et l'absolu.
 
1) Au lieu de se référer à un critère unique (les dommages observables et mesurables) il vaut mieux en utiliser plusieurs, deux, trois au plus.
 
L'une des catégories les plus adéquates dans ce genre d'évaluation, me semble être le DEGRE d'EXTREMISME, RELIGIEUX OU IDEOLOGIQUE,appliqué réellement dans chaque groupe distingué.
 
- Le degré A désigne alors tous les groupes dont les membres gardent un comportement équilibré, non violent, modéré, respectueux de la personnalité des autres, gardant le sens réaliste de de la relativité ...
 
- A l'autre extrême le degré C se rapporte aux groupes dans lesquels les fidèles ont un comportement excessif ou violent, dans le cas d'une résistance ou contradiction extérieure, donnant la priorité absolue à un aspect particulier de leur théorie (soit le prosélytisme soit l'activité financièrement rentable soit l'interprétation biblique ...)
 
Il serait peu pertinent de dire que telle personne vit dans une secte nocive car elle peut bien, à l'intérieur de ce que nous appelons globalement "secte nocive" de degré C, vivre dans un groupe de degré A, où elle n'est virtuellement menacée qu'à long terme et non dans l'immédiat.
 
Il est en fait relativement difficile d'évaluer le danger latent dans la phase d'approche et de séduction que beaucoup de sectes ont l'habitude d'utiliser, pour attirer leurs futurs membres sans toutefois risquer d'éveiller leur méfiance. Il s'agit très souvent d'une préparation de terrain d'apparence banale et innocente.
 
Je pense que ce que l'on appelle la "masse" des fidèles d'une paroisse ou d'une communauté quelconque, représente la grande majorité des membres qui forme le groupe de DEGRE A, poids lourd et inerte, problème pour tous les meneurs. Chaque responsable d'un groupe, religieux, politique ou associatif, traîne ainsi un pénible boulet, une majorité silencieuse, un peloton peu fiable de blasés et d'abstentionnistes, parfois 80 % des cotisants ... prêts seulement à de petits sacrifices financiers (ou dommages économiques qui apaisent leur conscience ...).
 
Le degré A représente le réservoir passif en personnes, le grand souci des chefs de file :c'est le degré de la modération. l'extrémisme ne s'observe que dans le peloton de tête, parmi les fonceurs; DEGRE C
 
Les dommages économiques et physiques dont parle "PRO JUVENTUD" sont englobés dans ce critère de l'extrémisme progressif et suivent le même vecteur. Le modéré n'est pas disposé à de grands sacrifices ou à des privations physiques, à des souffrances régulières alors que le disciple passionné donne plus que ce qui lui est demandé et va au devant de situations douloureuses et risquées, les exige même, il accepte les coups, le martyre même s'il le faut.
 
2) Deuxième critère important et significatif : l'enbrigadement qu'effectue chaque groupe dirigé par un gourou.
 
L'''encasernemement'', moral ou concret, est un facteur commun à tous ces groupes:mais selon des degrés divers. Entre l'église universelle de Dieu qui réunit une fois par semaine,au maximum, ses fidèles et le groupe AAO qui retient son élite dans la commune de Friedrichshof, nous trouvons de nombreux groupes intermédiaires.
 
C'est là que réside la différence principale entre les grandes religions socio-historiques, à l'ouverture maximale (chacun pouvant y entrer et en sortir impunément sans crainte de représailles) et les communautés de type quartier général de scientologie, pour lesquelles on est suspect en entrant et traître en sortant.
 
Entre le premier critère ( modération et extrémisme) et le deuxième, (ouverture et enfermement) il n'y a pas de hasard mais une relation régulière de cause à effet. Les extrémistes, dans tous les domaines, forment un comité restreint, méfiant sur le mode du complot secret :c'est la relation berger et chien face au troupeau placide. La discipline y est quasi militaire. Par contre à la base, dans la clientèle de Raja yoga par exemple, il y a ouverture maximale, c'est à dire aussi, au moins au début, liberté totale, volontariat et bénévolat ...
 
3) Le critère décisif est purement psychologique.
 
Au début, le candidat à un groupe est dans une situation modérée et ouverte, avons nous dit. II peut encore être méfiant et se demander s'il ne s'engage pas dans un piège, s'il ne va pas à un moment donné, perdre sa dignité et sa liberté de jugement. La PRISE DE CONSCIENCE DU DANGER VICTIMAIRE est possible à ce stade et fait hésiter plus d'un néophyte.
 
Les gourous sont de fins psychologues, très efficaces en tout cas par l'utilisation de moyens psychotechniques : ils connaissent cette méfiance d'où leurs efforts de séduction par les plus belles promesses.
 
Une fois initié lors d'un stage à Paris ou à Tokyo, le membre du groupe Mahikari par exemple n'a plus guère qu'une chance sur dix de retrouver cette sensation de se mettre en danger : la puissance de sa médaille le rassure. La magie est plus puissante chez nous, les humains, que la raison.
 
Devenu EXTREMISTE dans son comportement, ENFERMÉ dans son groupe, mentalement et moralement, le mahikariste militant a perdu complètement la CONSCIENCE DU DANGER VICTIMAIRE : au contraire, il se sent gagnant sur tous les fronts, il se sent bénéficiaire ...
 
4) Voilà le tracé de l'itinéraire de tout membre d'un groupe.
 
Au départ la situation est caractérisée par trois plans : MODERATION-OUVERTURE ET PRISE DE CONSCIENCE DU DANGER VICTIMAIRE : DEGRE A.
 
A la fin, le membre actif du groupe, le militant, se trouve dans la situation opposée : EXTREMISME-ENFERMEMENT ET PERTE DE LA CONSCIENCE DU DANGER VICTIMAIRE : DEGRE C.
 
Quelle est alors la situation intermédiaire, le DEGRE B ?
 
C'est là qu'interviennent les manoeuvres des responsables de groupe, ce que l'UNADFI appelle la MANIPULATION MENTALE ET L'ESCROQUERIE MORALE. D'abord victime de ces opérations malhonnêtes, l'adhérent à un groupe se voit confier l'initiation des nouveau-venus et le voilà à son tour, en train de séduire le postulants en créant autour de lui un climat cool, etc... Le manipulé devient manipulateur.
 
Trois mécanismes sont donc à distinguer au niveau intermédiaire :
  • entre la modération du débutant et l'extrémisme du disciple engagé corps et âme, se situe le ticket numéroté pour une place réservée dans un ciel quelconque :c'est L'ESCROQUERIE.
  • entre l'ouverture et la liberté de choix du néophyte et le maintien en couveuse artificielle,l'''enfermement'', se situe la MANIPULATION MENTALE, qui pose un cadenas à notre machine à penser (voire qui la force à penser selon le cadre de référence d'un autre au détriment du nôtre).
  • enfin, entre la méfiante prise de conscience du danger victimaire, et la perte totale de cette conscience du fanatique, nous trouvons le mécanisme de la MISE EN CONFIANCE qui peut aller jusqu'à la SEDUCTION organisée.

Je compte que sur l'expérience pour affiner tous ces critères ici et qui me paraissent aujourd'hui constituer une synthèse.

De l'ensemble à l'élément, même mécanisme ...
 
5) Les trois paramètres de concepts proposés pour décrire et classer les groupes pseudo-religieux, s'appliquent aussi aux individus considérés isolément.
 
C'est là leur avantage. Il sont les jalons du parcours de toute victime : je propose de les désigner par les minuscules,a,b et c. Une personne ne devient membre d'un groupe que par étapes et elle n'en ressort que par des paliers. Au début elle est MODERÉE, OUVERTE (libre) et méfiante, CONSCIENTE encore du danger VICTIMAIRE / DEGRÉ "a".
 
Puis elle est soumise à l'influence des militants qui la prennent en charge et qui lui promettent une place quelconque au ciel ... DEGRE "b".
 
Finalement, elle est EXTREMISTE, ENFERMÉE et se sentant privilégiée par Dieu, elle a perdu toute CONSCIENCE DU DANGER VICTIMAIRE. DEGRE "c".
 
Toute la finalité de l 'ADVS (Association de Défense des Victimes de Sectes - Wissembourg -1988) et des comités similaires se situe dans le retour sur cet itinéraIre, de "c" par" b" jusqu'à la situation "a" de modération, d'ouverture et de compréhension du danger des gourous.
 
Chaque comité forme d'ailleurs lui même un groupe, soyons en bien conscients. Nous trouvons nous aussi des membres très passifs,"degré a" et des fonceurs dans le comité, "degré c", avec de nombreuses nuances intermédiaires. Nous aussi, nous sommes obligés de passer par le "degré B", phase manoeuvrière.
 
Les parents et conjoints des victimes de groupes religieux forment des groupes A,B ou C, suivant leur degré d'extrémisme (j'en connais qui ont lancé des bombes lacrymogènes dans les salles du royaume des témoins de jehovah). De même les équipes anti-sectes nocives passent par tous les stades de l'action sociale,du sang froid des décisions brutales à la fièvre des initiatives exceptionnelles. Comme à Machiavel, tous les moyens nous paraissent bons s'ils justifient une finalité morale et légale : la déprogrammation dure et radicale est une tentation permanente, une pulsion inévitable devant la tragédie dont nous témoignent souvent les victimes et pourtant nous sommes obligés de nous réprimer violemment au nom des droits de l'homme.
 
Au lieu de parler de "grandes ou petites "victimes de sectes "inoffensives ou nocives", je propose d'abord de parler de groupes précis, par exemple :GROUPE TEMOINS DE JEHOVAH DE WISSEMBOURG 1988; ensuite d'utiliser e code conventionnel à 3 degrés avec deux échelles.
 
L'échelle de niveau pour les GROUPES de A par B à C; c'est le mécanisme de la capture d'une victime.
 
Et l'échelle de niveau pour les INDIVIDUS de a par b à c; c'est le mécanisme qui conduit au militantisme.
 
Enfin le sens inverse dans les deux échelles de C vers A et de c vers a , notre but, la défense des victimes de sectes ainsi que celui de l'association de défense de la famille et de l'individu (UNADFI), du comité contre la manipulation mentale ou encore des Elterninitiativen. C'est l'équilibre retrouvé.
 
Notre action se situe donc aux niveaux "B" et "b".
 
- A l'extrémisme nous opposons une ANALYSE DE LA RÉALITÉ, intérieure au groupe nocif, nous révélons l'immoralité des célèbres moralisateurs publics, leurs incohérences idéologiques ou théologiques, etc ...
 
- Nous désenclavons les victimes de leur vision en noir et blanc du monde ,en leur découvrant les nuances de la réalité par des INFORMATIONS COMPLÈTES auxquelles elles n'avaient pas accès, toutes les archives des groupes sectaires étant censurées ou taboues; en particulier, nous montrons les, aspects inavouables de la fondation du groupe maléfique ...
 
- Enfin, le plus difficile pour nous est à la fois de supprimer les réflexes acquis dans le groupe idéologique (habitudes de penser avec un vocabulaire imposé, les interdits comportementaux et alimentaires, les goûts et dégoûts, etc...) et de les remplacer par le système de réactions que la personne possédait antérieurement ou qu'elle choisit librement. Il s'agit de transformer l'aventure sectaire en une parenthèse, de fermer celle-ci, c'est-à-dire de la réduire à un accident de parcours qui n'empêche pas de poursuivre la route.
 
Le tableau suivant essaie de contracter en style télégraphique tous les jalons de la capture puis de la libération des victimes de sectes : il veut montrer les DEGRÉS D'INTENSITÉ des mécanismes et les SÉRIES PROGRESSIVES DES DEGRÉS, comme un thermomètre (ou un baromètre).
 
Ces conventions veulent faciliter les discussions sur les phénomènes de "sectes" et les préciser par une grille codée. En aucun cas elles ne constituent une position idéologique ou une théorie des groupes religieux. Elles désignent des MÉCANISMES CONSTANTS non des groupes variables et instables.
 
Roland Huckel, professeur de philosophie
Groupe ADVS - Strasbourg 1988
 
 
Les 3 degrés d'intensité du phénomène des groupes "sectaires"
 
Essai de codification du phénomène des groupes "sectaires"

Le champ d'application de ces conventions ne s'étend pas au-delà du phénomène des "sectes"

Roland Huckel - Groupe AVDS Strasbourg 1988

 

 
EXEMPLE D'APPLICATION DU TABLEAU DES DEGRÉS DE DANGEROSITÉ DES GROUPES PLUS OU MOINS RELIGIEUX
 
Le PATRIARCHE est souvent déclaré "secte". Récemment, l'un de nos adhérents a réussi à faire chasser d'une grande surface des jeunes ex-drogués, vendeurs du "JOURNAL POSITIF", en déclarant au gérant que "selon l'ADVS, le PATRIARCHE est une secte".
 
J'ai visité une communauté thérapeutique de Lucien ENGELMAJER installée au COL DE FOUCHY (entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin); j'ai étudié de près le rapport remis par Madame Anne JACOB aux "CAHIERS DE PSYCHOLOGIE SOCIALE" (UNIVERSITE DE LIÈGE), qui se réfère à une typologie des sectes établie en 1963 par WILSON (qui ne voit de sectes que dans la mouvance religieuse).
 
Mes conclusions sont très nuancées.
 
Oui, ENGELMAJER, son comité de 12 membres, ex-drogués, et une centaine de responsables des 60,centres (tous des victimes, extrémistes, enfermés, ignorant leurs fonctions victimaires) forment le degré C des groupes (religieux, philosophiques ou autres ...). Le noyau dur du PATRIARCHE est une secte.
 
Sur les 6000 personnes de cette communauté (si l'on peut dire), quelques centaines restent accrochées : peur de sortir dans le "monde extérieur où la mort des drogués est certaine", confiance dans le système qui a réussi à les sortir de la misère nar­cotique ... Voilà le degré B. Il est difficile à ce niveau de s'extraire du cocon sectaire, mais non impossible.
 
Enfin la grande masse - peut-être 5000 membres du PATRIARCHE - en sont au degré A. Confiés par les tribunaux aux centres de désintoxication (60 % des membres du PATRIARCHE seraient en prison sans leur acceptation de se faire désintoxiquer) ou refusant la dualité (le salut avec le PATRIARCHE ou bien le SIDA, et la mort loin de lui), ces ex-drogués quittent leur centre dès qu'ils se sentent stabilisés. Ils représentent
le degré A, grâce à leur modération, à leur ouverture (sur l'extérieur et l'autre), et à leur perception du danger.
 
Dire "Le PATRIARCHE est une secte", constitue une signification dangereuse. Reste l'argument avancé par l'UNADFI : libérés de la drogue, les disciples d'ENGELMAJER deviennent dépendants de l'image du Patriarche.
 
Si vous avez un fils, désintoxiqué par le Patriarche, qui reste depuis sur la bonne voie, parce qu'il garde le culte de "l'homme à la barbe blanche, le seul à sauver les drogués", eh bien vous serez sans doute bien content.
 
Ne sommes-nous pas tous dépendants de l'image mythique d'un ou de plusieurs modèles que nous avons choisis?
 
La dépendance n'est pas un mal en elle-même : c'est une onction (selon le chercheur René GIRARD, c'est même une fonction "mimétique" très importante qui cache le mécanisme de la victime émissaire...).
 
Non, je ne plaide pas en faveur du PATRIARCHE : c'est en faveur du réalisme que j'argumente ici, avec son grand ennemi : notre tentation (à tous) de regrouper les évènements sociaux, trop complexes, dans des termes tout faits, pratiques ... "évidents" !
 
Le passe-partout "secte" n'ouvre plus aucune porte ... il risque de nous les fermer toutes au nez.
 
Roland Huckel
novembre 1988