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LES SECTES
 
«Aspects criminologiques - État des lieux en France et en Suisse»
 
(Éditions l'Harmattan - Sciences criminelles)
 
 
 
Cette excellente étude du criminologue Pierre Aubry présente la législation actuelle faisant face aux dérives sectaires en Suisse et en France. Elle permet d'identifier aisément si un pays peut-être considéré comme répressif à l'égard des sectes ou tergiversant. Elle démontre clairement le retard pris par la Suisse et la responsabilité de nos autorités politiques.
«Qui ne dit mot consent» dit le proverbe
 
Messieurs les politiciens la balle est dans votre camp : les victimes de sectes sans réaction de votre part seront fondées à vous demander des comptes. Vous devez lire ce livre MAINTENANT !
 
Pour notre part nous estimons qu'en Suisse, le simple fait que le président du Parlement du canton du Jura, Me Alain Schweingruber (parti radical), défende la scientologie devrait conduire à son exclusion si ce n'est de son parti radical, au moins de sa présidence de la plus haute instance politique du canton du Jura.
 
Quant au canton de Genève dont le procureur, M. Bernard Bertossa, a estimé difficile de démontrer la responsabilité de chacun des dirigeants scientologues, et cela malgré une enquête démontrant parfaitement l'usure, la contrainte, et l'extorsion de l'Eglise de scientologie ..., nous vous épargnerons nos commentaires.
 
Le Gravis
 
Aspects criminologiques des sectes
une étude du criminologue Serge Aubry
 
Quelques extraits
 
Introduction :
 
Historiquement, les sectes occupent le champ social depuis plus de deux mille ans, mais elles ont surtout commencé à faire parler d'elles au cours du 20ème siècle. En effet, jusqu'alors, le phénomène était mal connu étant donné qu'il représentait surtout un intérêt théologique ou historique. Les études ont véritablement débuté avec le changement social des années soixante et une tendance particulièrement marquée vers l'individualisation et la recherche de l'épanouissement personnel. Cette quête individuelle, conjuguée à l'accélération des modes de vie, a constitué un terreau inépuisable pour des groupements à vocation spirituelle. Pas toujours inspirés par des buts nobles, ces mouvements ont profité du doute envahissant la société pour se forger une place en son sein.
 
Devant cette prolifération des groupes pseudo-religieux, les sociologues de la religion se sont attelés à la lourde tâche qui consiste à tenter de définir ce nouveau type d'organisation et d'en cerner les contours. Exercice périlleux qui, encore aujourd'hui, pose problème, principalement pour deux raisons : tout d'abord, l'origine du terme «secte» est étymologiquement double, ce qui peut aiguiller la recherche dans deux domaines différents; ensuite, la diversité actuelle et l'enchevêtrement de plusieurs philosophies rendent les tentatives d'une définition générale extrêmement délicates. Une fois le débat sur la définition examiné, il faut se poser la question de la «substantifique moelle» des groupes sectaires, c'est-à-dire tenter de découvrir le fond doctrinal pour permettre l'élaboration d'une classification. Car bien qu'elles se construisent de manières fort diverses, les sectes sont toutes élaborées à partir d'une base philosophique ou religieuse plus ou moins semblable.
 
Outre cette conception doctrinale, il faut se concentrer sur les structures des groupes, sur leur organisation. Cette analyse permet également de tirer des conclusions sur la dangerosité potentielle des sectes. En effet, une secte véhiculant des idées apocalyptiques et renfermée sur elle-même et interdisant à ses adeptes de nouer des contacts avec la société aura une probabilité de dérive plus grande qu'une secte qui se fonde sur des lectures et des critiques de la Bible, accueille toute personne intéressée à la réflexion et permet ainsi un brassage continuel. S'attarder à l'analyse du «gourou» et des adeptes fait partie de cette volonté de cerner la secte.
 
Après cette identification des fondements de la secte, il est intéressant d'étudier les méthodes employées pour appâter les gens, puis de voir tout le processus d'embrigadement, de la séduction à la soumission, en passant par la persuasion. Le cheminement est long, finement établi, mais très flexible. L'illusion est de faire croire à l'adepte que la décision vient de lui-même. Le groupe doit donc extrêmement bien connaître les individus qui se lancent dans l'aventure afin de pouvoir exploiter leurs moindres failles. À titre d'exemple, la Scientologie fait passer un test de personnalité à toute personne intéressée par une meilleure connaissance d'elle-même. Ce test se compose de 200 questions ayant trait aux habitudes de vie. De prime abord, rien d'extraordinaire, mais cela permet à cet organisme d'élaborer une fiche complète sur chaque individu et de l'utiliser ultérieurement comme bon lui semblera.
 
Suite à cette description du groupe sectaire, il faut poser un regard plus fin sur les liens qui peuvent unir ce phénomène à la criminologie. À l'heure actuelle, cette discipline n'a pas montré le même engouement pour le sujet que la sociologie, la psychologie, l'histoire ou encore la théologie. Le but est de savoir dans quelle mesure la criminologie peut insérer dans son cahier des charges une thématique aussi complexe, aux dessous difficiles à identifier. Analyser l'adéquation entre les outils de mesure du crime tels qu'on les connaît et le phénomène sectaire et tenter d'esquisser des possibilités d'études selon les grandes théories criminologiques contemporaines sont les points centraux de cette recherche. Mais il faut au préalable se demander si la notion même de secte peut être définie en termes de crimes, condition sine qua non pour que la criminologie s'en préoccupe.
 
Lorsqu'on se remémore les tragédies (*) de Jonestown, de Waco, de Chéry et Salvan, de Tokyo et de l'Ouganda , il paraît inconcevable d'imaginer que la criminologie puisse se désintéresser de tels agissements. Ceci dit, ces événements sont exceptionnels et ne reflètent pas le phénomène dans son ensemble. Même s'ils ont provoqué une prise de position particulièrement tranchée de l'opinion publique, ces actes isolés représentent une infime partie de la problématique et ne doivent en aucun cas empêcher d'avoir une vue objective et raisonnée.
 
(*)
 
Jonestown, Guyana, 1978, 912 morts de la secte du Temple du Peuple.
 
Waco, Californie, 1993, 88 morts de la secte des Davidiens.
 
Chéry et Salvan, Suisse, 1994, 53 morts de l'Ordre du Temple solaire.
 
Tokyo, Japon, 11 morts et 5000 blessés suite à un attentat de la secte AUM.
 
Ouganda, 2000, 800 morts de la secte du Rétablissement des dix commandements de Dieu.
Toutes les sectes ne représentent pas un danger, mais il est bon de savoir les reconnaître.Une analyse criminologique ne serait pas utile sans un regard sur les législations.
 
Un état de la situation actuelle permet d'identifier les pays considérés comme répressifs à l'égard des sectes et les pays tergiversants.
 
Une comparaison entre les législations suisse et française est pertinente dans la mesure où les différences sont frappantes en la matière, malgré la proximité et le caractère transfrontalier. En outre, le point de vue des institutions européennes permettra de savoir si une véritable politique est envisagée au niveau international, de même qu'une coopération en matière de police.
 
Pour mieux mesurer l'ampleur du phénomène sectaire, il faut pouvoir le quantifier. Malheureusement les données sont rares, et il faut se contenter des chiffres avancés par les groupements eux-mêmes, ce qui rend la fiabilité quasiment nulle. Cependant, différents travaux émanant de commissions d'enquêtes sont venus apporter un certain éclairage, que ce soit au niveau de la localisation des sectes, du nombre d'adeptes, ou encore du pouvoir financier de certaines organisations.
 
À l'heure actuelle, les sectes prolifèrent à grande vitesse, alors que les moyens mis en œuvre pour les analyser sont relativement faibles. Le champ des sectes couvre toutes les dimensions de notre société et chaque discipline des sciences humaines peut en faire un objet de recherche. Caractère pluriel qui rend l'étude très complexe.
 
Depuis des millénaires, le monde a traversé de nombreuses épreuves et à chaque fois, il s'en est sorti. Le tout est de savoir comment réagir, à quel moment et avec quels instruments. Le thème des sectes préoccupe parce qu'il est difficilement maîtrisable; il fait référence à une dynamique complexe basée sur l'individu et ses relations avec son environnement, le tout baignant dans une structure sociale aux contours évoluant constamment. Par conséquent, l'analyse est très délicate parce qu'elle se fige sur un état à un moment donné et ne permet pas de saisir l'évolution du concept sur la durée.
 
Conclusion :
 
(...)
 
Depuis les drames de la première moitié des années 90, le monde des sectes a beaucoup changé alors que l'opinion publique est restée la même, sensible et manichéenne. La population assimile les sectes au crime, au suicide, à des actes extrêmes, alors que ce n'est qu'une infime partie de l'édifice.
 
Certes, l'étude de ces actes peut apporter un éclairage sur les circonstances, les raisons, les mobiles du crime, mais en aucun cas permettre une analyse approfondie des structures, des manipulations, des escroqueries et autres abus de confiance. L'évolution récente des groupes à vocation spirituelle montre un changement : les sectes adoptent des systèmes en toile d'araignée ressemblant de plus en plus aux organisations de type mafieux.
 
Les enjeux et les moyens de pression sont essentiellement financiers et la recherche du gain se fait sur un multitude de terrains, légaux ou illégaux. En reprenant les chiffres mentionnés au chapitre précédent, on note le nombre impressionnant de filiales que possède la Scientologie en France. Ceci démontre cette emprise tentaculaire sur la société, cette ombre. permanente qui fait penser, de l'une ou l'autre manière, au crime organisé.
 
Dans cette optique, la criminologie se doit de consacrer une partie de ses investigations à l'analyse des groupes sectaires. Il est vital d'élaborer une sorte de catalogue des mouvements dangereux sur la base d'indices de dangerosité, comme l'a fait la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale française en 1995. En Suisse, une collaboration avec l'Office fédéral de la Statistique pour recueillir des données sur la population et la mise au point d'un sondage de victimisation incluant des questions sur l'appartenance à un certain type d'organisation ou d'association donnerait la possibilité de travailler sur un support quantitatif. Dès lors, on pourrait faire correspondre les victimes d'infractions à la fréquentation d'un mouvement ou d'une filiale sectaire. Pour rendre ce travail efficient, il faudrait également faire un effort dans la collecte de données au niveau des statistiques policières ou judiciaires.
 
Malheureusement, le problème de la Suisse réside dans sa structure fédéraliste qui donne la liberté aux cantons en la matière, ce qui empêche d'avoir une unité de doctrine au niveau national.
 
La charge est énorme, car en plus de l'adaptation des instruments de recherche, les facettes multiples du phénomène sectaire rendent son approche fort complexe. Les délits se classent à différents niveaux, allant de l'abus de confiance aux atteintes à l'intégrité physique et psychique, en passant par l'escroquerie et l'exercice illégal de la médecine. Mais en matière de lois, la Suisse est bien fournie et seules quelques adaptations sont de rigueur, principalement en ce qui concerne la manipulation mentale et l'abus de faiblesse.
L'appareil juridique est là, mais on ne s'en sert pas ...
 
La prise de position des politiques est encore invisible à l'heure où la société est incapable de canaliser ce nouveau type de criminalité.
 
La manière dont les États européens traitent les «affaires» sectaires se divise en deux catégories bien distinctes, à savoir les répressifs et les indécis. Pourtant, à l'origine, tous étaient d'accord pour se lancer dans une lutte sans condition contre ce genre de criminalité.
 
La sensibilité suscitée au lendemain des drames précédemment cités était extrême, presque empreinte d'humanité, tant le choc était violent. Pour beaucoup de pays, cette prise de conscience n'a survécu que le temps des pleurs, mais pas au-delà. Il est clair que ces actes épisodiques ne représentent en rien le phénomène dans son ensemble; cependant, profiter de l'onde de choc pour lancer une réelle discussion n'avait rien d'irréfléchi.
 
La France, l'Allemagne, la Belgique ont saisi la balle au bond pour mener une véritable chasse aux groupements sectaires. Le résultat est aujourd'hui perceptible, avec une adaptation des systèmes juridiques et des condamnations de plus en plus nombreuses. Cependant, en restant critique, peut-on raisonnablement estimer que tout ce travail a abouti à des résultats probants ?
 
En l'état, on peut sans retenue répondre par la négative. II y a à cela deux raisons principales : tout d'abord, les mouvements sont extrêmement bien structurés, ce qui leur donne la possibilité d'esquiver bon nombre de coups portés par la justice; en second lieu, étant donné le caractère multinational des groupes, une répression efficace passe par l'harmonisation des politiques entre les différents États européens, ce qui est loin d'être le cas. Dès lors, faut-il se résigner et accepter que des entités pseudo-spirituelles s'enrichissent sur le dos des citoyens ? Inutile de répondre à une telle question lorsqu'on se fait un point d'honneur à défendre l'idéal de justice.
 
Les chiffres sont éloquents, les mouvements sectaires pullulent et deviennent
des substituts de choix aux biens de consommation traditionnels.
 
L'incertitude liée aux conditions de vie actuelles provoque un besoin de stabilité, et la multiplicité des choix pousse à la recherche d'issues simples et fabriquées. Dire que la liberté est mal vécue est un constat terrible, mais très révélateur d'une structure sociale qui n'arrive pas juguler les ardeurs de ses diverses entités.
 
L'idée inacceptable d'une autorité à la main de fer, restreignant tout ce qui fait notre système démocratique constituerait une solution à cette crise. Annihiler le libre arbitre pour empêcher la réflexion ..., n'est-ce pas là la technique des groupes sectaires ?
 
Lorsque le catholicisme imposait son dictat religieux, il n'y avait pas la place pour d'autres formes de pensée, sous peine de se voir châtier. On ne veut tout de même pas en arriver à de telles extrêmités ! C'est pourquoi la classe dirigeante est investie d'une mission de maintien de l'ordre, laissant à sa population une grande marge de liberté et insufflant des mesures restrictives à petites closes. Et la lutte contre les dérives sectaires en fait partie.
 
Pierre Aubry
 
Manipulation et sectes
Bibliographie de Pierre Aubry, criminologue
 
(En gras les livres recommandés par le Gravis)
 
Ouvrages généraux
 
Abgrall Jean-Marie, La Mécanique des sectes, Payot, 1996
 
Abgrall Jean-Marie, Les Sectes de l'apocalypse : gourous de l'an 2000, Calmann-Lévy, 2000.
 
Abgrall Jean-Marie, Martin et le gourou, Magnard Jeunesse, 2001.
 
Ariès Paul, Anthroposophie. Enquête sur un pouvoir occulte, Éditions Golias, 2001.
 
Ariès Paul, Le Retour du diable : satanisme, exorcisme, extrême-droite, Éditions Golias, 1997.
 
Ariès Paul, Les Sectes à l'assaut de la santé, Éditions Golias, 2000.
 
Ariès Paul, Vivien A., La Scientologie: une secte contre la République, Éditions Golias, 1999.
 
Assan M., Les Sectes à l'assaut de la France, Hermé, 1992.
 
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Bourderlique Max, Comprendre l'action des sectes: réagir face aux sectes, Chronique sociale, 1996.
 
Bourderlique Max, Les Groupes totalitaires: les méthodes d'endoctrinement, Chronique sociale, 1998.
 
Bourderlique Max, Les Manipulations mentales, Chronique sociale, 1990.
 
Bourderlique Max, Les Sectes, mangeuses d'hommes : comprendre le phénomène totalitaire, L'Archer, 1999.
 
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Campiche R.-J., Sectes, médias, fin des temps, Institut d'éthique sociale de la FEPS, Lausanne, 1999.
 
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Lacroix M., Le Développement personnel, Flammarion, 2000.
 
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Majax G., Gare aux gourous : les trucs des sectes, Arléa, 1996.
 
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Marhic R, Enquête sur les extrémistes de l'Occulte, L'Horizon Chimérique, 1995.
 
Marhic R, Sectes et mouvements initiatiques en Bretagne : du celtisme au Nouvel Âge,Éditions Terre de Brume, 1996.
 
Marhic R., Voyage au bout de la secte, Buchet 1 Chastel, 1998.
 
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Pizzo S., Les Petits soldats du Christ, Éditions Desclée Brouwler, 2001.
 
Roncaglia F., Mandarom: une victime témoigne, Éditions TF1, 1995.
 
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Schlegel l-L., Religions à la carte, Hachette, 1995.
 
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Sonnier J.-M., Itinéraire initiatique, Drognet et Ardant, 1991.
 
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Vernette Jean, Jésus au péril des sectes : ésotérisme, gnose et nouvelle religiosité, Desclée, 1994.
 
Vernette Jean, Les Sectes, PUF, Que sais-je, 1996.
 
Vernette Jean, Moncelon C., Les Nouvelles thérapies : mieux vivre et guérir autrement, Presses de la Renaissance, 1999.
 
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